OUI “ UN AUTRE MONDE
EST POSSIBLE ”
ET
POUR LE CONSTRUIRE
UNE AUTRE ÉCOLE EST INDISPENSABLE !Le texte ci-dessous est écrit par des militants appartenant à diverses sensibilités, qui pensent qu’en effet “un autre monde est possible ” , qu’il existe des alternatives à la loi du profit, à la destruction de la niche écologique, à la dictature des marchés , à la primauté de l’économique sur le politique et à une démocratie formelle…
(texte de l'Appel en trois parties : 1° le Constat, 2° les Contradictions, 3° Les Projets Alternatifs , +Argumentaire en fin de page) LE CONSTAT Dans de nombreuses déclarations, l’éducation
est un domaine souvent évoqué, généralement pour en dire l’importance. En France, l’unanimité se fait surtout dans
la dénonciation des
dangers : marchandisation du savoir, destruction du service publique,
diktat du FMI dans les pays du sud, mais l’on semble s’accommoder des tendances à l’immobilisme, au
corporatisme, à la nostalgie d’un passé mythifié, et l’on supporte en
silence la sclérose paralysante de l’administration.
Toute recherche d’alternative est examinée
avec méfiance et parfois hostilité alors qu’en toute logique, elle devrait
être considérée comme une expérience précieuse pour l’avenir et utile pour
affronter les problèmes présents. A Porto Alegre, cette frilosité est heureusement ignorée. Les
récentes rencontres internationales
viennent de poser les
bases du débat et proposent
de “ construire un réseau mondial de luttes et de
propositions sur la question de l’éducation ”. Le texte du FORUM MONDIAL POUR
L’EDUCATION qui vient d’être
présenté au FORUM SOCIAL MONDIAL devrait nous permettre de quitter
les querelles et impasses
hexagonales, et lever les contradictions. Divers extraits de ce texte (rédigé par Bernard Charlot) et
intitulé “ Une éducation démocratique pour un
monde solidaire- Une éducation solidaire pour un monde
démocratique ” nous y
invitent fort opportunément : ·
“ (une)éducation…dans
la perspective d’une société solidaire, démocratique, égalitaire et
juste ” ·
“ les valeurs des
éducateurs progressistes : la liberté, l’autonomie, la
décentralisation …sous ces mots, la pensée libérale et la pensée
progressiste ne mettent pas le même sens (il faut) s’attacher
à redéfinir ces valeurs… ” ·
“ L’éducation …droit
universel attaché à la condition humaine elle-même…n’est pas une
préparation au marché du travail tel qu’il est…(cependant) le travail et
la formation professionnelle doivent participer à une éducation plus large
et non sacrifier celle-ci, comme c’est le cas aujourd’hui dans la société
capitaliste et dans la logique néo-libérale de la
globalisation. ” ·
“ l’éducation est un
mouvement d’hominisation, de socialisation, de subjectivation. Elle est
culture comme entrée dans des univers symboliques, comme accès à une
culture spécifique, comme mouvement de construction de soi au sens, droit
aux racines, droit à un avenir. Elle est droit à l’universel, droit à la
différence culturelle, droit à l’originalité personnelle ” ·
“ La conciliation de
ces trois droits n’est pas toujours facile, y compris dans le champ
éducatif. Toutefois, elle l’est davantage lorsque l’éducation est liée à
des mouvements de lutte progressistes pour plus de solidarité, d’égalité,
de justice. ” ·
“ si chacun a droit à une
appartenance, il s’agit d’un droit et non d’une obligation : aucun
sujet ne doit être contraint de rester dans sa culture ou la religion de ses
ancêtres. “ ·
“ l’éducation est un
instrument de lutte important pour la paix, contre toutes les formes de
violence, de discrimination, d’exploitation, de dégradation de l’être
humain. ” ·
“ Les réformes
éducatives doivent être l’acte d’une souveraineté nationale…et l’effet des
innovations des enseignants et non pas une adaptation au marché
globalisé. ” Les neuf “ principes de
base pour une éducation démocratique ” reprennent les concepts évoqués ci-dessus, et
les complètent. Ils mentionnent : ·
“ les droits de
l’enfant…notamment son droit à l’expression ”, ·
“ une éducation à
l’environnement et une éducation à la connaissance et au respect du
patrimoine ”, ·
“ une éducation à la
pensée critique et rationnelle qui protège contre toutes les formes de
fondamentalisme, d’intégrisme, de populisme démagogique ”, ·
“ …éducation à la
santé, éducation sexuelle…éducation à l’art…à la citoyenneté et à la paix…à la tolérance et la
gestion des désaccords .par la parole et le débat… ” ·
“ Cette
transformation…implique le respect des principes d’organisation
démocratiques… participation des élèves eux-mêmes, de représentants des
parents, des représentants de la communauté…réunions régulières entre
enseignants …pratiques pédagogiques en équipe et
interdisciplinaires ” ·
“ …l’éducation
populaire est un outil fondamental pour l’organisation des luttes des
secteurs populaires contre l’exclusion et pour la construction
d’alternatives au modèle libéral globalisateur ” Enfin, quelques considérations réalistes
sont énoncées : ·
“ Il faut reconnaître
que les pratiques pédagogiques dominantes sont loin d’assurer toujours le
respect de ces droits ” ·
“ Une telle éducation
suppose de repenser et souvent de transformer beaucoup des pratiques
pédagogiques actuelles…pour qu’elle ne soit plus un lieu d’échec pour les
enfants appartenant aux couches sociales, aux communautés et aux cultures
les plus fragiles ”. ·
“ la qualification des enseignants…n’est efficace que
lorsqu’elle est accompagnée d’un engagement éthique ” Considérations qui nous invitent à examiner
les contradictions qui entravent le travail sur les
alternatives. Elles concernent évidemment et avant tout, les
enseignants qui pensent partager cet
“ engagement éthique ” et qui pourtant, plus ou moins consciemment,
contribuent en classe à la “ reproduction ” de la société
, de ses hiérarchies et de ses valeurs. Contradictions qui découlent en partie
du slogan historique et
“ républicain ” qui invoque “ l’égalité des
chances ”.Le slogan, à l’origine, visait explicitement un
élargissement de la sélection, pour répondre aux besoins de la révolution
industrielle. Il en est résulté une “ promotion
sociale ”, individuelle, touchant une minorité non négligeable
d’enfants des classes populaires . Cette réalité, indéniable, n’a jamais
remis en cause l’ordre social et a même souvent contribué à son
renforcement. Elle a fait et fait encore illusion, soutenue notamment par
les “ élites républicaines”, d’origine modeste
“ qui doivent tout à l’école ”, et a empêché de mobiliser les
progressistes, en faveur de la “ promotion
collective ” objectif historique du mouvement ouvrier.
Très naturellement, le fonctionnement de
l’institution scolaire est conforme aux valeurs dominantes du libéralisme
économique : l’individualisme, la loi du plus fort, l’exclusion des
indociles et des hors normes. La notation, les classements, les devoirs
“ à la maison ” sont au service d’une compétition excluante
socialement, mutilante individuellement. Compétition qui sévit tout autant
aux niveaux supérieurs du système (sa férocité dans les
classes préparatoires aux grandes écoles est légendaire).
Il est donc vrai que “ les
pratiques dominantes sont loin d’assurer le respect ” des droits énumérés au Forum Mondial.
Et ce qui est vrai dans les pays développés
l’est encore plus dans les autres pays qui, quand ils arrivent encore à
scolariser les enfants, ont majoritairement conservé les pratiques des
pays colonisateurs (cf. les travaux de l’historien burkinabé Ki Zerbo édités par
l’UNICEF).L’influence du pédagogue brésilien Paolo Freire a été,
malheureusement, étroitement circonscrite. (L’importance qu’il attribuait
à la formation des adultes pourrait constituer une priorité à examiner,
tant il est vrai que la réussite des enfants en dépend largement). L’état du monde et la perte des
illusions ne permettent plus de remettre après la Révolution
les changements qui s’imposent. La “ construction
d’alternatives au système libéral ” devrait entrer dans les préoccupations des
enseignants
“ progressistes ”. Dans l’immédiat, les militants pédagogiques
qui s’y attellent sont très peu nombreux. Ils s’efforcent d’utiliser les
contradictions de l’institution qui
se déclare favorable à l’innovation tout en entretenant le système,
qui prend conscience de l’urgence des changements de fond mais s’en tient
principalement à la remédiation, qui s’incline devant la puissance
bureaucratique de son administration , qui craint de bousculer certaines
règles défendues par les syndicats , interdisant la constitution et la
pérennité “ d’équipes ” réunies autour d’un projet effectivement
alternatif. Celles et ceux qui s’efforcent soit de
maintenir des réalisations alternatives, soit d’en promouvoir de
nouvelles, se reconnaissent aisément dans la déclaration du Forum Mondial
de l’Education. Différents documents récents comme l’appel commun lancé
par l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne- Freinet, et la Fédération
“ Ensemble Changeons l’Ecole ”) en témoignent.
Ces militants se situent explicitement
“ dans la perspective d’une société solidaire,
démocratique, égalitaire et juste ”. A cet effet ils prônent et mettent en
œuvre une pédagogie centrée
sur l’entraide, “ la solidarité ”, le refus de toute exclusion et visent “l’hominisation, la
socialisation, la subjectivation ” et “ le droit à l’universel, à
la différence culturelle et à l’originalité personnelle ”. Ils adhèrent pleinement aux neuf “ principes de base
pour une éducation démocratique ”, se préoccupent d’assurer les bases des
savoirs indispensables pour la poursuite d’étude ou nécessaire à la
formation permanente et
l’autodidaxie, ils récusent l’idée de préparer
“ au marché du travail ” particulièrement au cours de la scolarité
obligatoire. Ils valorisent néanmoins “ le travail ”
d’une manière fonctionnelle
notamment par la réalisation de projets visant à la transformation de
l’environnement physique et social et au cours de laquelle s’opère
d’une manière visible la promotion collective. Ils recherchent à “ lier
l’éducation à des mouvements de lutte progressistes ” dans les formes appropriées à notre pays, en
affirmant que “ l’école est l’affaire de tous ” en
développant l’idée de “ coéducation ” en collaborant avec
les associations et groupements qui militent dans cette direction , en
s’efforçant d’établir un dialogue avec les syndicats “ ouvriers”
lorsque ceux-ci se sentent encore concernés par l’idée de promotion
collective. Ils pensent, tout en respectant
“ le droit aux racines ” et les “ cultures
spécifiques ”, que le meilleur
moyen d’éviter l’enfermement
de tout “ sujet ” “ dans sa culture ou la
religion de ses ancêtres ” est
de faire que la vie scolaire soit l’occasion de “ construire une
culture commune ” grâce à la vie démocratique et la réalisation
de projets collectifs où se construisent des savoirs et des comportements
communs. Ils excluent “toutes les formes de
violences ”, y compris la
violence institutionnelle,
en préparant à “ la citoyenneté ”, par la vie coopérative, la
co-gestion, en gérant “ les désaccords par la parole et
le débat ”. Ils estiment indispensables ces
“réunions régulières entre enseignants …pratiques pédagogiques
en équipe et interdisciplinaires ” et demandent aux syndicalistes de rendre administrativement
possible et acceptable par le corps enseignant, la constitution d’équipes
sur projet… sans réclamer des moyens exceptionnels. Ils affirment enfin que les contraintes
et le travail supplémentaire qui en découlent sont réels, mais sont
compensés par la satisfaction de construire une alternative éducative en
cohérence avec leur engagement, le travail en équipe, la pratique de la
coéducation, la transformation et la valorisation de leur statut social et
professionnel. Leur projet est donc bien celui d’une “ éducation démocratique pour une école solidaire et d’une éducation solidaire pour un monde démocratique ” . En conséquence, ils invitent les associations et les
médias qui militent pour cet
“ autre monde ”, à sortir de leur silence et de leur prudence, à
donner dans leurs luttes toute l’importance que mérite l’éducation, à
soutenir les enseignants , les parents, les associations qui s’engagent
concrètement dans la construction d’alternatives au modèle libéral, à faire connaître leurs
réalisations, à faire renaître et comprendre l’espoir d’une promotion
collective en montrant qu’elle répond à l’intérêt de la société et de tous
les enfants.
Raymond Millot le 23 février 2002 Pour joindre l'auteur et signer l'appel, utilisez la messagerie électronique en cliquant ICI.
OUI «UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE» et pour le construire UNE AUTRE ÉCOLE EST INDISPENSABLE Parmi les premiers signataires nous relevons les noms des personnalités suivantes: à titre personnel :
Jean Andrieu (Président d'honneur de la FCPE), Francine Best (ancienne Directrice de l’INRP et
CEMEA),Yves Béal
(membre du Bureau National du GFEN), Elisabeth Bourgain (Coordonnatrice
Auto-Ecole ), Yvanne Chenouf, (Présidente de l’AFL), GabrielCohn-Bendit
(initiateur du Lycée autogéré de St Nazaire), Gérard Delbet (équipe
Vitruve), André Duny (Prof IUFM - C.E.N) , Gilles Ferry (ancien Directeur
Sciences de l’Education),Roland
Gérard (Directeur d'Ecole et Nature)
ECOLE SOLIDAIRE Où le savoir se construit en
faisant appel à la coopération, à la solidarité, à la dynamique des
groupes à l’engagement
“ éthique ”des enseignants, à l’appui des parents
militants et autres “ coéducateurs ”, où se tisse
le “ lien social ” Alternative à la compétition ,
fondement de la sélection et de l’exclusion. ECOLE DEMOCRATIQUE Où la citoyenneté s’apprend
dans la gestion du cadre de vie scolaire (coopération, conseils
d’enfants, de collégiens, de lycéens etc…) dans l’ouverture sur le monde ,
dans des projets visant à sa transformation . Où
“ l’intégration ” s’opère. Alternative à un
fonctionnement administré fondement de la docilité et de la violence. ECOLE DE LA PROMOTION COLLECTIVE
où la réalisation de projets, individuels et collectifs, favorise
des apprentissages réellement fonctionnels , l’entraide, l’échange de savoirs , et développe solidement
le potentiel intellectuel et social de chacun , (les Itinéraires de
Découverte, Travaux Personnels Encadrés, Chefs-d’œuvre pédagogiques etc
vont dans ce sens…). Alternative à la promotion individuelle (base
de l’élitisme “républicain ” et génératrice
d’exclusion EDUCATION devenant l’ AFFAIRE
DE TOUS, et impliquant la
mise en synergie de tous les
coéducateurs (
synergie esquissée dans les Contrats Educatifs Locaux, le Plan de Veille).
Alternative qui refuse d’être réduite à
un objectif de “ remédiation ”, qui s’inscrit dans la perspective
de la promotion collective, et suppose un travail spécifique en direction
des parents de milieux populaires, souvent adeptes et victimes des
conceptions dominantes, pour transformer positivement leurs attentes .
Ces QUATRE IDEES FORCE ont fait l’objet de multiples réalisations témoignant du
réalisme de cette “ utopie ” éducative Elles devraient présider à cette “ construction d’alternatives
au système libéral ”. Ces alternatives ( parfois
nommées établissements pionniers) portées par des
“ initiatives citoyennes ” éviteront l’effet de ghetto et prendront tout leur sens par leur RATTACHEMENT à l’utopie
globale : “UN AUTRE MONDE
POSSIBLE ”. DÉBUT de l'APPEL LES CONTRADICTIONS LES PROJETS ALTERNATIFS ACCUEIL |