Contribution au débat sur l’éducation

 

Question : Pourquoi la politique de l’Education Nationale qui visait à «  l’égalité des chances »   pour tous n’a-t-elle abouti qu’à une démocratisation en trompe l’oeil ?   

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Constat: L’ « égalité des chances » entre  enfants de milieux socio-culturels et/ou économiques différents n’existe nulle part mais on peut s’en rapprocher ou s’en éloigner plus ou moins .. 

Constatons simplement -à la lumière des enquêtes PISA [1] -  que d’autres pays    réussissent mieux que nous [2] sur  la route vers  cette mythique « égalité des chances ».

Qui est en cause :  le système ou les acteurs (élèves, parents, enseignants) ?

Réponse militante : Globalement les acteurs sont bons , c’est le système qu’il faut changer, mais pas sans étude préalable et approfondie  de ce qui existe ailleurs :

Analyse :

Les enquêtes internationales de type PISA [3]  (OCDE) accréditent l’idée de la co-existence (sous-jacente) de deux types de systèmes [4] éducatifs en matière de scolarité obligatoire :

  1° Les systèmes scolaires  à visée dominante « élitiste » (France, Allemagne,  etc)

  2° Les systèmes scolaires  à  visée dominante « émancipatrice » (Finlande, Suède etc)

 

Les tenants de l’un ou de l’autre système ne militent 

ni pour le même type d’homme ou de femme

ni pour le même type de société.

 

Dans les systèmes à visée  « élitiste »   le cursus scolaire est « pensé » presque exclusivement en fonction des « gagnants » ; pour les autres (les « perdants ») il y a la re-médiation . L’ homogénéité des élèves en classe est idéalisée. La sélection (ouvertement avouée ou astucieusement occultée) est précoce et a lieu bien avant la fin de la scolarité obligatoire. 

L’élève est stressé ou totalement démotivé; la compétition individuelle est la norme ; l’esprit de coopération entre élèves est absent mais « le premier de classe » est souvent haï s’il ne refile pas (en douce)  quelques tuyaux lors d’une épreuve écrite « classifiante ».

Du coté enseignants on accepte (par conviction ou résignation) de faire de l’exclusion la première et immédiate solution pour résoudre trois types de problèmes :  celui du système en lui-même , celui de l’enseignant, celui de la société tout entière. (C’est la raffinerie scolaire…selon Ph Meirieu) 

Ce système est décevant sur le plan de l’équité sociale (voir PISA 2000 et 2003) 

 

Dans les systèmes à visée « émancipatrice » le problème est posé à la fois du point de vue du « gagnant » et de celui du « perdant ». L’hétérogénéité [5]    des élèves en classe est la règle : les élèves d’une même classe d’ âge avancent ensemble jusqu’à l’âge de 16 ans. 

La coopération  entre élèves (hors examen) est encouragée et se substitue à une compétition souvent insensée. L’imagination sous toutes ses formes est sollicitée également après la maternelle. 

Du coté enseignants on récuse l’exclusion comme  première solution, et on cherche les moyens pour la faire reculer . L’école est son propre recours. L’industrie du cours particulier est pratiquement  inexistante.

Ce système est très performant à la fois sur le plan de l’équité sociale et des résultats scolaires comme le confirment les rapports  PISA 2000 et PISA 2003.                

Commentaire                 

La comparaison entre pays développés (PISA-OCDE), place la Finlande ( « émancipatrice ») en tête des plus performants pour l’ équité sociale et  les résultats scolaires, alors que l’ Allemagne (  « élitiste ») se trouve en dernière position (PISA 2000), la France et les Etats-Unis figurent au milieu de ce classement.  

(voir graphique PISA  http://www.changeonslecole.org/ma_hch1.htm   )  

 

Le 1er rapport PISA  -celui de l’année 2000- a été fort mal accueilli en France par nos autorités et nos média, alors que la validité de son contenu et les commentaires remplissaient les colonnes des journaux en  Allemagne, en Suisse , en Grande-Bretagne, aux USA, au Canada   etc

Le dernier rapport PISA -celui de l’année 2003- confirme PISA 2000. Il a été examiné en France avec moins de réticence et  son approfondissement exposé par le Recteur Christian FORESTIER [6] sur le site de l’ .Ecole Supérieure de l’Education Nationale   apporte un éclairage nouveau sur notre propre système scolaire :

En reclassant les éléments de base de l’enquête PISA2003  par notes décroissantes -cette fois-ci  toutes catégories sociales confondues -  il s’avère  qu’une bonne moitié des élèves  français se place parmi les meilleurs des pays développés … en contre-partie l’autre moitié se trouve classée  parmi les plus faibles.

C’est une bonne nouvelle pour la France, elle rend justice à la qualité de nos enseignants, mais les résultats médiocres de l’autre moitié  remettent  en question notre postulat national (généreux en soi) selon lequel « un système éducatif  bon pour les plus forts serait également bon pour les plus faibles »; 

Finalement ne faut-il pas renverser ce postulat et accorder quelque crédit à ce que clame  Marie-Danielle PIERRELEE [7] depuis des années : « un système éducatif efficace pour les plus faibles l’est encore davantage pour les plus forts ». Jack LANG  avait bien compris le problème en favorisant (entre autres) la création d’un Collège expérimental au MANS (Collège Anne-Frank) … mais surmonter les pesanteurs de tout un système n’est pas à la porté d’un seul homme fut-t-il Ministre…

 

Changer de Système ? : une opération à long terme [8].

On peut réformer un système  par la voie hiérarchique  jusqu’à un certain point , point à partir duquel les réformes successives destinées à pérenniser un système à bout de souffle se téléscopent ...

A ce stade une fraction importante des acteurs - mentalement prisonnière du système- souhaite revenir en arrière et une autre fraction d’ acteurs souvent très  minoritaires ressent la nécessité de changer de système en innovant.

Deux voies s’offre alors à cette fraction téméraire et encore minoritaire :

-          le changement autoritaire à  partir du sommet (le fait du prince), généralement voué à l’échec

-          le changement progressif à la base préparant les mentalités  à un changement du système visible.

Ce   2ème scénario se répète régulièrement dans les organisations, institutions ou entreprises de toute nature et le succès du passage d’un système à un autre dépend de l’évolution des mentalités; le système  scolaire obéit aux mêmes règles,  comme le montre le cas emblématique de la Finlande [9]:

Ce pays nordique a pleinement réussi au début des années 1970 le passage  d’une école et d’un collège élitistes [10] à une  école fondamentale  émancipatrice de 7 à 16 ans. Cette réforme  s’est faite progressivement dans le temps et l’espace   c.à d. en allant du nord vers le sud.. A chaque stade s’est engagé un processus dialectique entre  l’instance nationale et l’instance locale, entraînant l’évolution des mentalités à la base et au sommet, et  permettant à « échelle humaine » de parfaire le système ou de le corriger le cas échéant  avant d’aller l’appliquer plus loin [11].

 

Par où commencer ? 

1ère étape : Les dispositifs symboliques (Comparaison avec les autres pays).

Faire l’ inventaire  de tous les dispositifs symboliques en vigueur dans les différents systèmes scolaires et mettre en lumière les « mentalités »  qui les sous-tendent.

Parmi ces dispositifs symboliques  l’étude de la notation dans les  différents pays sera particulièrement instructive. …..

…………..

2ème  étape : Les sujets tabous   Entendre et travailler avec les enseignants [12] ….etc   etc 

 

Henri CHARPENTIER, militant ECE

 

 

[1]    --- Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA2000 et PISA2003)

         http://www.alter-education.org/version_noire/pisa2000.pdf  

   

[2]  --- Mettre en cause l’importance de « l’immigration » cache le véritable problème

 

[3]  --- Voir graphique développé à partir de PISA   http://www.changeonslecole.org/ma_hch1.htm 

 

[4]   --- Ici le mot système   renvoie à la « systémique » concept développé entre autres par Ed. MORIN : il englobe à la fois  la partie concrète et visible du système ainsi que la partie installée dans le subconscient de la majorité des acteurs de ce système  (enseignants, élèves, parents).  Ce classement  ne porte pas de jugement sur la pratique quotidienne des enseignants engagés dans l’un ou l’autre système. Ainsi en France beaucoup d’enseignants sont conscients de leur rôle émancipateur  malgré le système élitiste ambiant  installé insidieusement encore plus dans la tête des parents que dans celle des enseignants          

 

[5] ---   Autrefois  en France, l’utilisation  positive  de l’hétérogénéité des élèves faisait partie du savoir-faire de l’ instituteur en « classe unique »… L’ auteur du texte ci-dessus est  un survivant d’une « classe unique » fréquentée (de 1930 à 1936) jusqu’à  son entrée en 6ème pour rejoindre les élèves de la « bonne société » venant de la 7éme et ayant débuté en 11ème

 

[6] --- Exposé du Recteur FORESTIER

         http://www.esen.education.fr/esentv/forestier/c_forestier_conf1.htm  

 

[7] --- Marie-Danielle PIERRELEE initiatrice du Collège Anne Frank  et du Manifeste http://www.changeonslecole.org/

 

[8] --- En France, l’école « gratuite, obligatoire et laïque »  -attribuée à juste titre à Jules FERRY décédé en 1893-  s’est mise en place au cours  d’un processus qui a duré un quart de siècle  et s’est terminé en 1905.  La réussite de ce système  pendant des décennies ne justifie pas notre refus viscéral (par ignorance ou chauvinisme) de prendre en considération l’expérience  des  autres pays développés.

 

[9] --- Systèmes scolaires et équité sociale dans les pays nordiques  voir

          http://www.changeonslecole.org/ecole_pn_tout.doc

 

[10] -- Le système  finlandais  à cette époque était alors très proche de celui de l ‘Allemagne Fédérale (sélection avant l’entrée au  collège et affectation à l’une des  3 filières)

 

[11] -- L’ inexistance de l’école privée (moins de 1% des élèves) et de l’industrie du cours particulier confirment la réussite  du  système actuel finlandais

 

[12] -- Lire la remarquable « Lettre d’un Professeur à une Candidate » de Christophe CHARTREUX  sur le site                  http://www.meirieu.com/FORUM/chartreuxlettre.pdf