Systèmes scolaires et équité sociale.
L’exemple des pays nordiques et de la Finlande en particulier
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«… Le problème de la justice
scolaire ne doit pas |
« Imaginons
que demain, par une sorte de miracle, les élèves des grandes écoles soient
exactement à l'image de la société française, que les filles, les enfants
d'ouvriers, d'employés, d'immigrés y soient proportionnellement aussi
présents qu'ils le sont dans l'ensemble de la société. Cette école serait
sans doute beaucoup plus juste qu'elle ne l'est aujourd'hui, le pur mérite
des individus serait reconnu, les inégalités sociales neutralisées et
l'arbitrage scolaire, parfaitement impartial. Rien ne nous invite à
abandonner cet idéal. Mais cette école de rêve serait-elle parfaitement juste
? Elle ne serait meilleure que dans la mesure où les vaincus de cette
sélection parfaitement équitable ne seraient pas abandonnés, relégués,
humiliés et dépourvus de toutes ressources. Autrement dit, il ne faut pas se
poser le problème de la justice scolaire uniquement du point de vue des «vainqueurs»,
mais aussi de celui des «vaincus», des plus faibles, des plus fragiles
et peut-être des moins bons.
… » François
DUBET (Libé du 18 octobre 2004) |
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PISA
démontre qu’une orientation ou sélection précoce pénalise les enfants des
milieux modestes
Les
courbes (page 11) montrent
l’écart de performances entre les élèves
de plusieurs pays en fonction de leur place sur l’echelle socio-économique. On y trouve aux extrêmes la Finlande et l’Allemagne L’orientation majoritairement précoce (à mi-parcours ) défavorise
l‘Allemagne Au classement par performance scolaire
et par équité sociale c’est la Finlande qui l’emporte Le
rapport officiel de l’OCDE fondé sur l’enquête PISA confirme le lien entre
sélection précoce et accentuation de
l’inégalité des chances. |
La publication des résultats
de l’enquête du programme PISA[1] réalisée en 2000 a permis de mettre en
évidence l’influence déterminante de l’organisation des systèmes scolaires
sur les résultats scolaires moyens des élèves. Il a ainsi été démontré qu’une
orientation/sélection précoce défavorisait particulièrement les enfants issus
de milieux familiaux modestes, alors que l’orientation repoussée au-delà de
la 9e ou de la 10e année scolaire réduisait les écarts
tout en assurant une meilleure réussite scolaire pour tous. Le tableau "Performances
PISA des élèves"[2]
joint en annexe
(cliquez ici )
illustre ce propos : il montre d’une part que l’égalité des chances
n’existe nulle part (sinon les courbes seraient horizontales), il
démontre d’autre part qu’ il est possible selon les pays de s’en rapprocher
(ou de s’en éloigner) plus ou moins. C’est l’écart des
performances entre les élèves socio-économiqement défavorisés (coté gauche du
tableau) par rapport aux élèves
socio- économiqement favorisés (coté
droit du tableau) qui mesure cette
inégalité des chances. C’est la position relative
des courbes de performances qui donne
une idée de la réussite scolaire des
pays présentés dans ce tableau : on y trouve aux extrêmes la
Finlande et l’Allemagne. Or les systèmes scolaires de ces deux pays représentent deux conceptions diamétralement opposées : tandis qu’en Allemagne les enfants sont majoritairement orientés dès la fin des années de l’école primaire vers trois types d’établissements différents selon leurs acquis scolaires, en Finlande, l’orientation n’intervient qu’à l’issue de 9 années communes à tous les élèves. Ce mauvais classement de
l’Allemagne fut, dans un premier temps, mis au compte de l’existence des Gesamtschulen
– ou écoles intégrées[3]
regroupant l’ensemble des élèves du primaire et du secondaire :
l’organisation du système scolaire par Länder permet en effet la création, à la demande des familles,
d’écoles publiques échappant au système sélectif général. Ces écoles -minoritaires en nombre et ne
pratiquant pas la sélection précoce- sont regroupées au niveau national dans
la fédération Gesamtschulverband (GGG); elles sont l’objet de
fréquentes attaques de la part des tenants du système majoritaire. Pour en
finir avec cette polémique, les experts du programme PISA ont publié
séparément les résultats des deux systèmes sous deux rubriques
objectives : « sélection précoce » et « sélection
repoussée après la scolarité obligatoire ». A la grande surprise des
autorités, les Gesamtschulen étaient globalement les mieux
classées ! A l’époque PISA 2000 fut un
événement largement commenté dans la presse allemande, autrichienne et suisse[4]. De nombreux reportages et voyages d’études eurent
lieu…, mais rien n’était plus éclairant en matière d’ambiance et de plaisir
d’aller à l’école que le témoignage
d’élèves allemands ou finnois ayant suivi une partie de leur scolarité dans
l’un et l’autre pays. Le rapport officiel de l’OCDE note à ce
sujet : « Il est inquiétant de constater entre les écoles, en
particulier dans les pays très stratifiés où la sélection est précoce, des
écarts importants liés à des inégalités socioéconomiques devant les possibilités
de formation. »
En 2003, plus de 250 000 élèves de 15 ans appartenant à 41 pays ont
pris part à cette enquête. Concernant la dernière question, les projets PISA 2000 et 2003 apportent déjà des éléments de réponses concordants. |
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La
Finlande arrive en tête de tous les pays étudiés en 2000 et 2003 en
performance scolaire et en
équité sociale. Le
co-fondateur du système finlandais
Jukka SARJALA déclare : « Chez nous, aucun enseignant, aucune école n’a le droit de se débarrasser d’un enfant ou d’un adolescent au motif de sa non-conformité pour telle ou telle forme d’enseignement scolaire ……. »
Les
enseignants sont : polyvalent
(niv. 1- 6), bi- ou trivalent au delà Pas
de redoublement Appui
individualisé par
enseignants spécialisés Le travail par petits groupes respectant les différents rythmes
d'apprentissage des enfants est la règle Pas
de notes chiffrées avant le niveau 7 Principe :
« stimuler au lieu d’éliminer » Avant la fin du primaire : 3 langues sont enseignées
Les trois pays du nord
abandonnent dans les années 1970 le système à filière s à orientation précoce pour un système éducatif intégré sans le moindre compromis avec le système
antérieur
* Toute
l’institution s'oriente à partir des enfants et non l’inverse… Les problèmes doivent recevoir une
réponse positive individualisée sans redoublement ou exclusion. Le plaisir d'apprendre ne doit pas être étouffé par une
mise en compétition insensée ou
paralysante Les élèves ou adolescents apprennent ensemble les
uns des autres et avec les autres Les enseignants
se considèrent de moins en moins comme « instructeur » , mais de
plus en plus comme « accompagnateur » d’un processus
d’apprentissage Le travail en équipe est la règle
La planification,
les constructions , les équipements ainsi que toutes les dépenses de
fonctionnement incombent entièrement
aux communes dans le cadre d’ objectifs locaux et nationaux Au début des années 1990 les pays nordiques ont renoncé
à toutes les instances nationales de contrôle telles qu’elles
existent ailleurs. |
En 2000, la Finlande se classait en tête
de tous les pays étudiés, avec les écarts les plus réduits entre élèves des
différentes catégories socio-économico-culturelles. En 2003, elle récidive,
égalant en mathématiques et en sciences les résultats des pays asiatiques les
mieux classés : la Corée, Hong-Kong et le Japon. Ces résultats sont évidemment dus à une
volonté politique forte de la part des responsables de l’Ecole en Finlande.
L’un des co-fondateurs de l’actuel système d’éducation finlandais -Jukka SARJALA- déclarait en 2000 :
« Nous avons une école pour tous les enfants, car nous avons besoin
de chacun d’eux dans notre société. Nous ne pouvons pas nous permettre
d’écarter ne serait-ce qu’un seul de nos élèves. Chez nous, aucun enseignant,
aucune école n’a le droit de se débarrasser d’un enfant ou d’un adolescent au
motif de sa non-conformité pour telle ou telle forme d’enseignement scolaire. Cette position de principe
conforte à la fois les élèves, les parents et les enseignants dans leur
conviction de participer à égalités de droits au processus éducatif et d’en
assumer leur part de responsabilité… » Tous les élèves
suivent la même filière de base durant neuf ans. Les élèves en difficulté
reçoivent une aide ciblée. L'intégration l'emporte sur la sélection.
Autonomes, les écoles marient fantaisie et souplesse avec un sens aigu des
responsabilités. Le professionnalisme
des maîtres est une vertu cardinale. L'évaluation généralisée des résultats
poursuit deux buts : corriger les faiblesses et élever la qualité moyenne du
système éducatif national. L'enseignement est d'abord dispensé par
un «maître de classe» polyvalent (niveaux 1 à 6) puis par des maîtres
relativement spécialisés (bi ou trivalents ; niveaux 7 à 9) dans une
structure unique formant « l’école fondamentale » (PERUSKOULU) .
Les notes n’apparaissent qu’en 7e année. En principe, il n'y a pas
de redoublement. Après les 6 premières années de l'«école de base», l'élève
compose une part de son programme en choisissant des options: 2
« périodes » sur 30 en 7e ; 10 périodes sur 30 en 8e et 8 périodes sur 30 en 9e .
Cette individualisation du plan d'études anticipe l'orientation après la 9e,
soit vers la filière professionnelle, soit vers le lycée (gymnase).
L'ambition de concilier des exigences élevées avec moins d’inégalité des chances est
poursuivie de façon conséquente : les effectifs des classes sont modestes
(jusqu'à 20 élèves) ; deux maîtres peuvent se
partager la classe grâce à la présence fréquente d'assistants ; le travail
par petits groupes respectant les différents rythmes d'apprentissage des enfants
est la règle. Et surtout, les écoles finlandaises organisent un appui
individualisé pour tous les élèves en difficulté, il s’agit de
"stimuler au lieu d'éliminer". Même les
cas «impossibles», comme dit un recteur, sont pris en charge à l'intérieur de
l'école par des maîtres spécialisés. La présence permanente de ces derniers
dans l’établissement explique sans doute aussi pourquoi le remplacement d’un
enseignant ne pose aucun problème. On notera que les
apprentissages scolaires débutent à 7 ans – et non à 6 comme en France – et
que cela n’empêche pas les jeunes Finlandais d’obtenir des résultats
remarquables. Ils évitent ainsi le « forcing », cause fréquente,
mais évidemment pas unique, des échecs scolaires précoces, les plus graves à
terme. Trois langues[5] (finnois, suédois, anglais) y sont
enseignées avant la fin du primaire. Finlande,
Suède et Norvège: une même philosophie de l’éducation
Les systèmes scolaires de ces trois pays scandinaves sont proches les uns des autres.
Un premier regard sur leurs systèmes éducatifs respectifs montre
clairement que ces trois pays partagent les
mêmes idées sur les questions de structure et de contenu pédagogique
qui se posent dans un système
éducatif. Dans les années 1970, une conception commune de la liberté et de la démocratie les a
conduit a l’abandon, durant la scolarité obligatoire, du système à filières
ancien, proche du système dominant en Allemagne de l’Ouest, pour un système
éducatif intégré. Ce système, n’a cessé de se développer jusqu’à nos jours
sans le moindre compromis avec le système antérieur ; il est conforme aujourd’hui aux exigences de
notre temps et capable d'affronter l'avenir. L’enfant
au centre du système
Il est manifeste que les enfants y occupent une
place centrale ; toute
l’institution s'oriente à partir d'eux et non l’inverse… Chaque enfant , chaque adolescent est pris en
compte et mérite d’être encouragé,
promu et soutenu tout au long de sa formation et au delà. Les problèmes de
performances ou les difficultés pour
apprendre doivent recevoir une réponse positive individualisée ; il ne
peut être question de redoublement ou
d'exclusion. Le plaisir d'apprendre ne doit pas être étouffé
par la peur que peut créer une mise en compétition insensée ou une atmosphère
de concurrence paralysante. Les notes chiffrées n’interviennent que dans les
dernières années de la scolarité obligatoire : elles sont complétées par
des appréciations d'ordre pédagogique concernant le processus d'apprentissage
et l’auto évaluation pratiquée par
les élèves. Les
élèves ou adolescents apprennent ensemble les uns des autres et avec les
autres (c’est le fameux « voneinander und miteinander
des « Gesamtschulen » en Allemagne) pendant 9 ou 10 ans jusqu’à la fin de leur
scolarité obligatoire. Le corps
enseignant a une haute opinion de sa responsabilité et ne se débarrasse jamais d’un élève vers une autre
école. Les élèves doivent devenir capables d’affronter
et de surmonter les défis futurs. C’est dans une telle perspective que les enseignants se considèrent de moins en
moins comme « instructeur » , mais de plus en plus comme
« accompagnateur » d’un processus d’apprentissage vers l’autonomie,
l’intégrité et la responsabilité. Le travail en équipe est la règle ; la
coopération sous toutes les formes (entre élèves , entre parents et école,
les écoles entre elles, entre l’école et la commune) est très largement
pratiquée.
Une
décentralisation des responsabilités
L’investissement matériel (constructions et équipements) que nécessite
l’enseignement (hors enseignement supérieur) ainsi que toutes les
dépenses de fonctionnement incombent entièrement aux communes
(celles-ci regroupent plusieurs localités à la campagne). Elles sont confortablement subventionnées par
l’Etat central - au dire des responsables locaux. La planification du développement de l’école étant du ressort de la commune, cela confère à chaque école un haut degré d’indépendance et de responsabilité dans le cadre des objectifs locaux ou nationaux fixés respectivement par la collectivité locale ou l’Etat. Au début des années 1990 les pays nordiques ont renoncé à toutes les instances nationales de contrôle telles qu’elles existent en France ou en Allemagne. La haute autorité éducative de chacun de ces pays nordiques semble avoir changé de rôle. (à titre d’exemple , l’obsession de « faire le programme prescrit par le ministère » semble étrangère à l’enseignant en Finlande) |
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Il existe une grande diversité de solutions
dans l’enseignement préscolaire de chacun
des trois pays nordiques ; globalement cependant nos écoles maternelles
semblent en avance. Educateurs
et éducatrices reçoivent comme les enseignants une formation
pédagogiques de même niveau universitaire. La maternelle n’est pas obligatoire pour
l’élève, mais les communes en
assurent l’organisation et le financement
avec les contributions
socia-lement échelonnées des
familles.. Neuvola : A la fois un concept et une institution originale à la base même du succès finnois en matière d’équité sociale et de réussite des élèves |
Les premiers pas
La mission de
l’enseignement préscolaire dans
les pays nordiques dépasse largement
le cadre du « gardiennage »
usuel dans de nombreux pays. Cependant un observateur français constatera à juste
titre que notre école maternelle est
– globalement - en avance en ce domaine, du moins dans sa forme originelle. En pratique, il existe
une grande diversité de solutions dans
chacun de ces trois pays. Ainsi les tout-petits sont accueillis dans
des jardins d’enfants ou des centres (privés ou publics) de séjour
journalier ; tous sont bien dotés en personnel. On y prépare
progressivement les enfants à l’entrée en classe préscolaire. On notera qu’en
cohérence avec cette mission les éducateurs et les éducatrices de ces centres
reçoivent une formation pédagogique de même niveau universitaire que les
enseignants de l’école fondamentale.. Cette première
initiation se termine par l’année
préscolaire qui précède l’entrée dans
l’école obligatoire à 6 ou 7 ans selon le pays. En Finlande et en
Suède les communes ont l’obligation d’organiser un enseignement préscolaire
pour les enfants de 6 ans en vue de leur entrée à l’école obligatoire à l’âge
de 7ans. Cet enseignement est facultatif, mais suivi par plus de 90% de la
classe d’âge concernée. En Norvège par contre,
la scolarité obligatoire commence à 6 ans et l’équivalent de nos écoles
maternelles est payant. Tout comme pour
l’école fondamentale, les communes ont en charge l’organisation et le
financement de ces structures. Ce dernier est abondé par les subventions de l’Etat et les
contributions ‑ socialement échelonnées - des familles.
Neuvola :
un dispositif original en Finlande
Cependant la Finlande ajoute a cet
ensemble un dispositif d’une très grande originalité connue initialement sous
le nom de NEUVOLA . Pour beaucoup d’observateurs cette institution -
indépendante de l’école - est à la base même du succès finnois en matière
d’équité sociale et de réussite des élèves même si
d’autres facteurs spécifiques [6]
au contexte finnois y contribuent également. Il est difficile de trouver ailleurs une
entité comparable : NEUVOLA est à la fois un concept et une institution
matérialisée par une cellule ou une équipe à compétences multiples. Elle
intervient auprès des parents AVANT la naissance de l’enfant et prépare les parents à leur rôle… de
parents. Ensuite après la naissance de l’enfant NEUVOLA reste une instance de conseil et de médiation dans
divers domaines (médical, social, sanitaire, éducatif, etc.)
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Une autre
particularité finnoise : les
collectivités locales ont l'obligation légale de fournir à midi un repas chaud
et gratuit aux élèves. La scolarité obligatoire
est de 9 ou 10 ans et se termine au cours de la 16ème année Dans tous les cas une même classe d’âge
avance ensemble. La règle c’est l’hétérogénéité Le métier d’enseignant consiste
désormais à promouvoir et à
stimuler au lieu de sélectionner Question aux visiteurs : « comment pouvez vous concilier le
fonctionne-ment ultra-sélectif de votre système éducatif avec vos convictions
démocratiques ? » L’organisation en groupe hétérogène nécessite : -faible effectif en classe -dédoublement de classe -individualisation « L’industrie » du cours
particulier est pratique-ment inexistante. La dépense publique par élève au
cours des premières années de la scolarité obligatoire est bien plus élevée
qu’en France Rejet de la sélection et de la concurrence Pas de notes chiffrés au début de la
scolarité , mais des appréciations Les performances du systèmes font l’objet de tests nationaux, mais sans
classement stigmatisant des écoles Seule la Finlande organise un examen
national comparable à notre baccalauréat Les écoles spécialisées pour
handicapés disparaissent d’année en
année ; leur personnel spécialisé comme leurs élèves ont donc vocation à
être intégrés au système normal Messages
implicites aux enfants
venus d’ ailleurs : 1°)« sois fier de tes origines, tu n’as rien à renier » 2°)« sois le bienvenu …,
apprends notre langue, deviens à part entière l’un des nôtres »
En
Norvège l’accès au Lycée classique ou professionnel relève du choix de l’élève. En Suède
l’entrée au Lycée classique dépend des notes du bulletin final En Finlande le lycée classique
(LUKIO) choisit ses élèves au vu
du certificat de fin d’études (niveau
6) Dans les 3 pays, le « bac » est une condition nécessaire mais non suffisante pour entrer à l’Université. Dans le secondaire (1er et 2ème
cycle) les enseignants sont pluridisciplinaires. Des pédagogues spécialisés prennent en charge les cas difficiles. Le nouvel enseignant doit savoir créer un environnement éducatif
stimulant. En Finlande , les qualités humaines
sont déterminantes pour devenir « maitre » dans le primaire . Les collectivités locales et les écoles ont développé progressivement des systèmes
de pilotage non-hiérarchique après la décentralisation des responsabilités
nationales au début des années 90
Ce système, qui allie performance scolaire et équité
sociale, est-il transposable chez
nous ? Les pays nordiques ne prétendent
nullement à l’exemplarité Le statut des enseignants est bien moins sécurisant que chez nous et
l’ auto-nomie des autorités locales
peut avoir à terme des effets
pervers La réforme radicale des années 70 n’a pas été généralisée d’emblée mais réalisée progressivement dans le temps et l’espace . La différence fonda-mentale entre les
nordiques et nous , c’est le REGARD que nous portons
majoritaire-ment chacun dans
son pays sur le système scolaire.
Conclusion |
Ce service gratuit et
non obligatoire rencontre les faveurs de plus de 95% des familles et les
enseignants apprécient son rôle dans leurs rapports avec les élèves, les parents et les autres acteurs du système
éducatif (travailleurs sociaux, psychologues scolaires, médecins scolaires
etc) En marge
de NEUVOLA, une autre particularité distingue la Finlande des autres pays
: les collectivités locales ont l'obligation légale de fournir à
midi un repas chaud et gratuit aux élèves. Cette
disposition est à placer dans le contexte finnois ou les femmes au travail
sont presque aussi nombreuses que les hommes (et même plus nombreuses à l’université).
La
scolarité obligatoire
Dans les trois pays
nordiques la scolarité obligatoire est de 9 ou 10 ans et se termine au cours
de la 16ème année. Les classes du cycle primaire sont numérotées
de 1 à 6 ou 1 à 7 ; le cycle secondaire de 7 à 9 ou 8 à 10
Apprendre
en groupes hétérogènes
Les communes ont le
choix de réunir le primaire et le secondaire en un seul lieu ou non, mais
dans tous les cas une même classe d’âge avance ensemble. En conséquence
l’ hétérogénéité est la règle . En
Suède le parlement a même voté une loi qui interdit toute forme de
regroupement d’une classe d’âge selon
les performances afin de lutter contre l’inégalité des
chances des élèves socialement les moins favorisés. Le renoncement dans
les pays nordiques à l’enseignement en groupe homogène pendant les 9 ou 10 années de scolarité
obligatoire a aiguisé le regard porté par les enseignants sur chaque enfant
ou adolescent. Cette nouvelle structure de formation a donné naissance à la
fois à une « nouvelle culture pédagogique » et à une nouvelle
manière de concevoir le métier d’enseignant qui consiste désormais à promouvoir et à stimuler au lieu de
sélectionner. Ce thème est souvent
abordé par les enseignants devant leurs visiteurs étrangers (souvent
allemands, autrichiens ou suisses) sous la forme suivante :
« comment pouvez vous concilier le fonctionnement ultra-sélectif de
votre système éducatif avec vos convictions démocratiques ? » Bien entendu une telle
organisation en groupe hétérogène nécessite quelques aménagements
supplémentaires : le nombre d’élèves par classe est significativement
inférieur à celui des autres pays dans les premières années ; dans
certaines disciplines les classes sont
dédoublées ; les travaux en équipes sont possible, etc.
En outre en cas de difficulté l’individualisation de l’enseignement est
possible (après concertation avec les parents) pour une durée limitée, la
règle étant le retour au groupe d’âge . Enfin, le redoublement est proscrit
sauf demande insistante de parents
Ainsi l’école est son propre recours et conséquemment l’
« industrie du cours particulier » a peu d’avenir dans les pays
nordiques. La modestie du « chiffre d’affaires » correspondant
témoigne du degré d’équité sociale du système éducatif. D’une manière générale dans les pays nordiques la dépense publique
par élève au cours des premières années de la scolarité obligatoire est bien
plus élevée qu’en France[7]
et diminue progressivement dans les
classes supérieures. Ce surcoût
semble lié à la présence systématique
de pédagogues spécialisés dans les cas difficiles et l’importance de l’encadrement péri- ou
para-scolaire.
Evaluation
des performances et notation des élèves
L’acceptation du
principe de l’hétérogénéité jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire
implique le rejet de la sélection et de la concurrence.. Il n’y a pas de notes
chiffrées avant la 7e classe en Finlande, avant la 8e
classe en Suède et en Norvège. Toutefois tout au long de la scolarité, les
enseignants donnent des appréciations
et les élèves sont habitués à l’auto évaluation. Pour connaître les
performances du système - pendant la scolarité obligatoire et au de là - les
autorités nationales organisent des tests nationaux, mais ceux-ci ne font pas
l’objet d’un classement stigmatisant certains établissements. Ces tests, élaborés par chaque autorité
nationale, sont soumis à des correcteurs externes aux établissements. On
constate peu de différence entre les résultats des différents établissements. Parmi ces trois pays
seule la Finlande organise un examen national en fin d’études secondaires (12e
classe) comparable à notre baccalauréat. Les sujets sont établis par
l’autorité éducative nationale et corrigés sous sa responsabilité. C’est,
comme en France, un événement national et la presse en donne de larges
extraits.
Intégration
des enfants et des adolescents handicapés
Les trois pays
poursuivent le même
objectif visant à
intégrer autant que possible les handicapés dans le système éducatif normal ,
cependant les modalités concrètes
peuvent différer d’un Etat à l’autre . D’une façon générale
les écoles spécialisées pour handicapés
disparaissent d’année en année ; leurs spécialistes comme leurs
élèves ont donc vocation à être intégrés progressivement au système normal. En Norvège, pays le plus avancé en
ce domaine, leur extinction est déjà légalement planifiée et cela au nom du
respect de la dignité de chaque enfant (préambule de la loi en question).
Promotion
des enfants de l’immigration (ou réfugiés)
Selon l’étude
PISA-OCDE la Norvège et la Suède traitent cette question avec succès. En
raison du faible courant migratoire la Finlande est moins concernée par cette
question mais les solutions mises en œuvre vont dans la même direction dans
les trois pays : pour ces enfants l’initiation scolaire passe par leur
langue maternelle dans toute la mesure du possible. Le premier message –
implicite - ainsi adressé à ces enfants est clair : « sois fier
de tes origines, tu n’as rien à renier » ; ensuite seulement
viendra le deuxième message - également implicite - « sois le
bienvenu parmi nous, apprends notre langue, deviens à part entière l’un des
nôtres ». Petra LINDEROOS, enseignante en Finlande et invitée au
Congrès des Gesamtschulen à Cologne (mai 2003) mentionnait que cette
disposition mobilisait de nombreuses personnes pour couvrir plus de 200
langues différentes en Finlande … Dans les 3 pays cette disposition n’est pas
appliquée si l’effectif concerné est trop faible. La poursuite des
études après la scolarité obligatoire
A la fin de la scolarité obligatoire chaque élève peut postuler -soit pour entrer au
Lycée classique conduisant en principe après
trois années d’études à l’Université -soit pour entrer au
Lycée professionnel ouvrant après trois années d’études l’accès à une « Haute
Ecole » professionnelle ou une entrée directe dans la profession. En Norvège l’entrée au
Lycée classique ou professionnel relève exclusivement du choix de
l’élève . En Suède elle est
subordonnée à l’obtention de la moyenne sur le bulletin final dans les
matières suivantes : mathématiques, suédois, anglais. En Finlande chaque élève peut également
postuler pour le Lycée classique ou professionnel, mais c’est le Lycée classique qui prononce l’admission au vu du
certificat de fin d’étude . Il est à noter que l’ élève en lycée classique (LUKIO) peut
-sans avantage ou pénalisation-
étaler ou concentrer ses études sur deux ou quatre ans. Ceci laisse
supposer que l’autodidaxie est fortement développée Le diplôme à la sortie du Lycée est équivalent à notre baccalauréat , il est obtenu dans
des conditions similaires au nôtre (sujet national, correction anonyme etc) , toutefois comme dans la
plupart des autres pays le « bac » est une condition nécessaire
mais non suffisante pour entrer à l’Université. Formation initiale et
continue des enseignants
Tous les enseignants
reçoivent une formation universitaire. On distingue les « maîtres
de classe » qui enseignent en principe toutes les disciplines dans le
cycle primaire, les enseignants par
groupe de disciplines qui interviennent à l’école et au lycée, les
pédagogues spécialisés dans la prise
en charge de cas difficiles. De plus en plus la
formation traditionnelle des
enseignants est abandonnée ;
le nouvel enseignant doit devenir un soutien dans le processus individuel
d’apprentissage et savoir créer un environnement éducatif stimulant.
Ainsi la formation dans les diverses
disciplines ne doit pas être déconnectée des aspects éducatifs. En Finlande les
« maîtres de classe » bénéficient d’une très haute
considération ; leurs qualités humaines sont déterminantes pour décider
de leur admission en formation ; d’excellents résultats au bac sont une condition nécessaire mais non
suffisante. La formation continue est obligatoire, elle a lieu les samedis en
dehors du service. En Suède la formation continue obligatoire ampute les
vacances scolaires de 13 jours et en Norvège une semaine entière est réservée
à cette formation.
Responsabilité et
supervision
Le contrôle
hiérarchique centralisé n’existe plus
dans les pays nordiques. Au début des années 90 la responsabilité a été transférée aux collectivités locales et
aux écoles qui ont développé progressivement des systèmes de pilotage
non-hiérarchique. L’Etat central
fixe les grands objectifs et
arrête le budget. Le Ministère s’occupe de prospective , de
développement, de collecte des informations ; il prépare la loi
d’orientation de l’enseignement sur
la base des travaux d’une commission permanente d’élus[8]. Cette loi
est votée par le Parlement après un débat approfondi et se limite à l’essentiel. Ensuite c’est aux collectivités locales de
prendre le relais. Dans une telle structure les responsabilités locales sont
très importantes : - la commune (entité
plus importante qu’en France) finance, organise, développe et coordonne la
totalité du système éducatif local (personnel enseignants et parascolaire,
bâtiments, équipements, fournitures scolaires) - les rapports entre
les responsables des écoles et ceux
de la collectivité semblent harmonieux. De l’école républicaine élitiste vers l’école
démocratique émancipatrice ? Une question revient souvent
lorsqu’on évoque les résultats PISA
des pays nordiques et de la Finlande en particulier: Ce système, qui allie
performance scolaire et équité sociale,
est-il transposable chez nous ? La réponse de toute évidence est
négative à court terme et même à moyen terme. Mais l’étude des systèmes
nordiques pourrait sans
doute nous aider en France à élargir notre champ de vision sur
des questions éducatives : La plupart des observateurs admettent
qu’en matière d’innovation pédagogique nos écoles expérimentales proches des
mouvements de
l’ « Education Nouvelle » (au sens générique) ne diffèrent
guère des écoles finnoises les plus avancées. De plus,
la formation universitaire de
nos enseignants est équivalente à
celle de leurs collègues finlandais, la question des bienfaits ou méfaits de
la mono-disciplinarité étant ici hors sujet. Les
pays nordiques ne prétendent nullement à l’exemplarité dans tous les domaines
du système éducatif : il en est ainsi en Finlande du statut des
enseignants qui est bien moins sécurisant que chez nous. Ensuite, la très
grande autonomie des autorités locales dans l’interprétation des directives
éducatives nationales peut avoir des effets pervers. Enfin l’évolution de la
composition sociologique en particulier dans le sud de la Finlande pourrait à
terme modifier le climat paisible des
écoles finlandaises . Mais c’est dans
d’autres domaines -notamment d’ordre méthodologique, structurel ou
organisationnel- que les pays nordiques méritent toute notre attention ne
serait-ce que pour montrer qu’on peut procéder avec succès autrement dans l’intérêt des élèves : A ce titre nous évoquons ci-dessous un seul exemple parmi d’autres : la mise en place en Finlande au début des
années 70 de l’école intégrée (de 7 à
16 ans), les élèves avançant ensemble
par classe d’âge , l’hétérogénéité étant la règle. Cette réforme radicale
s’est faite en la programmant sciemment dans le temps et l’espace[9]
c.à d. en allant progressivement
du nord vers le sud.. A chaque stade s’est engagé un processus
dialectique entre l’instance
nationale et l’instance locale, entraînant l’évolution des mentalités à la
base et au sommet, et permettant à
« échelle humaine » de parfaire le système ou de le corriger le cas
échéant avant d’aller l’appliquer
plus loin. Imaginons un instant
une semblable démarche en France , un pays au centralisme
bureaucratique profondément enraciné. Cela relèverait actuellement d’une
mission impossible malgré la présence dans notre haute administration
éducative de personnalités de l’ envergure
de Jukka SARJALA , cofondateur du système éducatif finlandais. Supposons enfin que
nous ayons su surmonter tous les obstacles d’ordre juridique propre à
la République et gommer toutes
les différences concrètes d’ordre méthodologique, structurel ou
organisationnel par rapport aux systèmes éducatifs nordiques , il n’en
subsisterait pas moins une
différence majeure entre nous et
les nordiques: le REGARD[10]
que nous portons très majoritairement en France sur le système scolaire est à des années lumières de celui qui a cours dans les pays nordiques.… et cela est
infiniment plus déterminant. . . . . En France, comme dans la plupart des pays développés l’élève peut bénéficier de cours particuliers « quand papa peut payer »< | |