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Joëlle MUHLMANN   (Rencontres citoyennes des 7 et 8 f évrier 2004 à Lille)

 

Synthèse

des fiches minutes d'ateliers

 

Lors des rencontres de l'éducation citoyenne, chacun des 23 ateliers a produit trois fiche minute destinées à donner à chaud, dans les minutes suivant la fin de chaque temps d'atelier, afin de donner un éclairage sur les échanges, les questions et les propositions.

 

Le présent document de synthèse a été réalisé par Joëlle MUHLMANN à partir des 61 fiches produites par les ateliers. Il garde un caractère provisoire, puisque les comptes rendus d'ateliers doivent apporter des éléments beaucoup plus précis dans les prochaines semaines. Ce document résulte d'une lecture d'ensemble des points de convergence de ces fiches minutes en termes de valeurs, de démarches et d'actions. Ce recensement n'est pas intégral, mais souligne les points qu'on retrouve souvent ou particulièrement significatifs. S'y sont ajoutés des passages venant des comptes rendus réalisés à chaud par les rapporteurs en introduction aux séances plénières.

 

1 Enjeux et Valeurs

 

1A  Quels enjeux répondent les actions?

 

Un enjeu souvent cité est de rétablir et développer la qualité du lien social fondée sur des individualités libres et responsables. Il s'agit avant tout de refonder le pacte démocratique (« Un autre monde est possible ») sur deux axes:

 

- au niveau du territoire, par des dynamiques locales qui développent la participation et le partenariat: interaction individu-société, dans une optique de partage et de réciprocité.

 

- par une reconnaissance de l'influence et de la valeur de des personnes au sein de la communauté, et de leur interdépendance. La connaissance de soi-même et son acceptation permet de se relier à l'autre et de le reconnaître dans son intégrité.

 

Ce processus se construit dans une cohérence entre les valeurs affichées et les actions réalisées, une articulation entre actions individuelles et collectives.

Il est question de la redéfinition des valeurs humaines, de la qualité du « vivre ensemble »: quelle citoyenneté ? Comment faire pour que les droits de l'Homme soient une réalité pour tous ?

 

L'enjeu est aussi la prise de conscience par tous les citoyens de leur coresponsabilité dans les actes qu'ils posent et dans le débat public. Cette prise de conscience est liée à la valorisation de la place et de la parole de chacun. En d'autres termes, il faut garantir la citoyenneté à tous, et pas seulement à ceux qui détiennent les outils du pouvoir. Dans ce but, il est nécessaire de veiller à l'articulation entre l'économique et le politique[1].

 

 

1B  Quelles convergences dans les valeurs qui nous portent [2]?

 

La richesse se développe dans la diversité: Pour cela il est nécessaire d'accepter le risque inhérent à la rencontre de l'inconnu, de la dépasser. Nous sommes convaincus que « l'autre a autant à m'enseigner que moi je n'ai à lui apprendre. » La rencontre dans le respect des différences et la confiance dans les compétences de chacun permettent une construction réciproque des savoirs et des connaissances.

 

Chaque atelier a abordé la nécessité d'un travail sur les représentations: "prenons conscience de nos filtres et changeons-les, élargissons notre horizon, faisons éclater les normes..." D'où une ouverture dès l'enfance à la culture sous toutes ses formes, afin de changer le regard, les habitus de chacun. Cette question du changement de regard concerne tant des élus que les membres des associations ou des individus.

 

Il y a convergence aussi sur la nécessité d'un questionnement systématique des méthodes, des modes de fonctionnement tant individuels que collectifs. Ceux-ci sont souvent en contradiction avec les valeurs que l'on défend, sur tous les plans (consommation, intégration, prise en compte de « l'autre », manière d'être au monde, en tant que voisin ou que « citoyen du monde », relations au travail, à la santé…). Cela renforce l'idée que l'éducation citoyenne est globale. Chacun, chaque institution a sa part de responsabilité dans l'éducation ou la contre éducation des citoyens.

 

Les attitudes que nous avons dans notre vie et dans nos actes sont essentielles pour le respect des valeurs telles que la solidarité, le respect de la vie et de la dignité humaine, l'authenticité, la réciprocité, l'engagement, la résistance: ce sont des axes centraux de la mise en oeuvre des actions.

 

D'autres signalent la nécessité de garantir et développer la liberté de chacun dans sa vie culturelle (journaux, médias, art, ..), philosophique ou religieuse, et l'importance d'une autre relation au temps

 

2  Comment faciliter la participation de chacun ?

 

La question posée était double : Comment  répondre aux besoins de chacun, et aller vers ceux qui ne participent pas facilement ? Comment créer des espaces de confiance et de participation ?

Les ateliers ne prétendent pas avoir la solution, mais apportent des éléments de réponses (qui seraient plus explicites en analysant les exemples présentés)

 

Les étapes d'une démarche de participation

 

L'écoute

Il faut écouter les gens sur les problèmes qui les touchent ("les crottes de chiens, l'insécurité, les tags"), et déjà répondre à ces questions avant d'aller plus loin. Il s'agit d'aller au devant des gens là où ils sont, d'aller au plus près des habitants.

 

Le partage

Il ne s'agit pas de trouver comment des riches viennent de temps en temps dans les quartiers  des pauvres pour les conscientiser. Il s'agit de voir comment construire ensemble un dialogue. Cela passe par un partage dans le temps, par la construction d'un vécu commun qui s'appuie sur les préoccupations quotidiennes.

 

Redonner la pratique de la parole

Il s'agit non seulement d'écouter, mais de laisser réellement la parole aux habitants, avec la conviction que les habitants sont "experts en vie quotidienne". Pour cela, il faut prendre le temps de faire connaissance, créer des espaces de parole dans le respect des préoccupations et du désir de parler. Beaucoup d'expériences insistent sur ce besoin de lieux de parole et décrivent leur construction (par ex. l'Écume du jour à Beauvais).

La première expression est souvent soit violente, soit hésitante, soit négative. Beaucoup d'habitants ont du mal à formuler des enjeux, et formulent des revendications. Il faut de temps pour construire une parole.

 

Permettre à chacun d'être actif et de réussir

La société rend les gens passifs, en tant que spectateurs et consommateurs. Pour cela, il faut permettre aux gens de savoir ce qu'ils veulent pour eux-mêmes, et offrir des activités qui permettent à chacun d'être actif avec ses propres désirs, même s'ils sont individuels. Iil faut proposer de démarches de projet dans lesquelles les gens peuvent être en situation de réussite. Il n'y a pas de participation possible pour ceux qui sont passifs dans leur vie quotidienne.

 

Le cheminement vers des questions collectives

Le fait d'agir développe des interactions, amène chacun à s'ouvrir aux autres, à communiquer. Le travail pédagogique des responsables politiques et associatifs est de dégager les enjeux communs dans ces situations. Pour cela, il faut remonter aux causes des questions qui se posent, et pouvoir les expliciter. On peut voir alors peu à peu se dégager une prise de conscience du caractère collectif des actions.

 

Les attitudes et démarches nécessaires

 

Plusieurs orientations ont été soulignés par les ateliers pour créer les conditions de la participation :

 

- Prendre conscience des processus d'exclusion et de stigmatisation.

- Donner un nom et un visage à ce ou celui qui exclue, qui confisque la parole.

- Ne pas vouloir désaliéner l'autre plus vite qu'il ne le fait, mais se placer dans une attitude de dialogue. Cela veut dire qu'on ne peut pas imposer la non directivité.

- Rencontrer l'autre à travers ses richesses, là où il se trouve. « Ouvrir les portes ».

- Offrir un contexte où chacun se sente valorisé et interpellé en tant qu'acteur à part entière, et puisse s'inscrire dans une dynamique de réussite.

- Favoriser l'interactivité, le décloisonnement.

- Utiliser de temps forts, festifs (théâtre, théâtre forum, cirque, fête) et investir les lieux publics (festivals, manifestations).

- Raconter une histoire qui « parle » aux personnes et avec elles

- Restaurer le partage et l'entraide dans la vie quotidienne (repas partagés). La convivialité est un élément réparateur, qui construit du lien social et donc participe à la construction d'une culture commune.

 

En particulier, le théâtre forum permet de dire des choses et d'attirer des personnes qui sortent peu de chez elles, de mettre les participants en capacité de dire des choses qu'ils n'osent pas formuler en direct.

 

Pour certains ateliers (N°2) aller vers ceux qui ne participent pas facilement est une démarche de projet, avec de réalisations suscitant le désir de participer, et permettant aux besoins de s'exprimer. Par exemple, des techniques et des jeux peuvent favoriser dans un groupe la confiance et l'estime de soi, et le respect de l'autre dans sa globalité.


 

2 Quelles démarches et méthodes pour une éducation de tous

 

On observe une grande convergence dans la démarche et les méthodes, qui a été synthétisée par Rolande MILLOT en introduction au second débat des rencontres. On doit distinguer celles qui concernent les personnes, celles qui sont en rapport avec l’action et celles qui sont des caractéristiques d’ordre général.

 

Méthodes

 

I - Concernant les personnes

 

1-1  Tout d’abord, tel un préalable, il faut faire le pari de l’éducabilité de tous

 

1-2  Instaurer des conditions positives, prendre le temps nécessaire Il faut pour cela créer des conditions de relations positives, conviviales

 

1-3  Cela implique :

- Respect mutuel - Climat de confiance

- Écoute ( c'est à dire écouter, mais aussi entendre )

 

1-4  Mais aussi prendre le temps de :

- faire connaissance, se situer dans le groupe et vis-à-vis du projet, de l’action,

- avoir un vécu commun.

 

1-5  Cela implique

- d’aller trouver les gens là où ils sont de partir des situations-problèmes qui sont les leurs et pour lesquelles ils souhaitent un changement de s’appuyer sur le vécu et l’expérience de chacun

- donc de créer des situations et des conditions qui garantissent à chacun la possibilité de s’exprimer

- enfin d’organiser la rencontre des personnes ayant les mêmes préoccupations, projets comme de celles ayant des intérêts opposés ou différents.

 

II – Concernant le projet et l’action

 

Quatre éléments de méthode sont à souligner :

 

1-1  Instaurer des pratiques d’entraide, de partage

 

1-2  S’appuyer sur le tutorat, le parrainage, l’accompagnement dans la mise en œuvre

 

1-3 Favoriser la confrontation constructive des points de vue

 

1-4 …. ce qui nous amène à :

- accueillir les inattendus, les situations informelles, les "Plus" (ces plus-values non prévues)

- oser prendre des risques, à partir d’hypothèses, tenter, essayer

- puis interroger les pratiques

- faire l’analyse critique et réorienter, réévaluer les objectifs

 

III – caractéristiques d’ordre général

 

Quatre conditions d'ordre général sont mis en avant :

 

3-1 Nécessité de constituer une équipe (Il faut définir la responsabilité collective et individuelle à l'égard du projet et des décisions ). Cela veut dire :

 

- Responsabilité partagée (collégialité)

- Coopération - Solidarité

 

3-2 Une ouverture indispensable  à travers la vie du quartier ou du territoire. Cela implique : 

 

- le partenariat

- une mise en réseau

- un décloisonnement  (trans, inter, pluridisciplinarité)

 

3-3 L'hétérogénéité, sous toutes ses formes et tous ses aspects (culturelle, sociale, générationnelle, de compétences, etc…). Le terme d’hétérogénéité ne paraît pas dans les fiches-minute mais il parait bien traduire nombre de remarques.

 

Pourquoi l'hétérogénéité ? Parce que c’est à la fois :

- une richesse

- un élément favorable à l’émergence de l’intelligence collective

- un renforcement du lien social

- un élément favorable au vivre ensemble  (découverte, connaissance de l’autre, tolérance…)

 

3-4 Réhabiliter le politique

 

C'est là que réside le projet sociétal.

 

2  Les outils

 

Nombre de fiches souligne l’importance du faire. Il est indispensable de s'appuyer sur le faire. C'est avec le faire qu'on apprend

 

I – Concernant le groupe

 

Plusieurs points sont soulignés comme importants

 

1-1 Connaissance du fonctionnement des groupes

1-2 Connaissance des techniques de gestion des conflits (pourquoi pas non violente)

1-3 La pratique de la négociation : jouer des régulations successives

1-4 Des groupes de petite taille. opter pour, de favoriser les groupes de petite taille

 

II – Concernant le fonctionnement

 

2-1  Adopter des démarches de projet donc de réalisation, de production

2-2  Affronter la complexité

2-3 Travailler sur ses propres représentations

2-4 Situer le recours à l’information ou à l’expertise en réponse aux questions des participants et/ou aux besoins du projet

2-5 Établir des règles de fonctionnement, voire un contrat (même dans l’informel, cela est indispensable-

 

Quelques pistes de mise en application

 

Toute une série d'outils ont été cités par les différents ateliers, qui visent à favoriser la participation de tous, aller vers une construction de la personne par l'estime de soi, et vers la construction du groupe et son ouverture :

 

- Techniques de communication interpersonnelle : écoute active et reformulation, participation active à un groupe, animation de groupes complexes.

- Connaissance du fonctionnement des groupes (analyse transactionnelle, analyse systémique, Gestalt, PNL, travail sur le développement personnel, l'inconscient des groupes,…).

- Reconnaissance de la place du corps (y compris dans les apprentissages)

- Réalisation de journaux d’expression par les personnes réellement concernées, journaux qui traitent des problèmes des gens, du projet…

- Des pratiques d’expression et de distanciation telles que le théâtre

- Les fêtes : fêtes de quartier, fêtes du groupe, temps forts pour marquer le coup

- Des rites scellant l'identité d'un groupe

- Le jeu peut être un apprentissage au faire ensemble et à la coopération

- Gestion de conflits (expression des divergences, objectivation, confrontations, débats).

- Méthodologie de projet participatif (enjeux, mobilisation, diagnostic, projet, programme, réalisation, évaluation).

- Transposition pour un groupe de moyens de communication interactifs ou médiatiques ; quotidien de l'école, radio locale émettant dans chaque salle, journal de classe ou de rue, fait avec eux, qui parlent de leurs problèmes,  

- Restauration du partage et de l'entraide dans les processus d'apprentissage,

- Création de lieux de parole structurants (cafés citoyens, forums)

- Éducation à la pluridisciplinarité et au travail en équipe

- Échanges d'expériences et réflexion commune sur des pratiques

- petits groupes d'autoformation

 

L'importance de la méthodologie de projet a été soulignée par de nombreux ateliers, en dépassant les demandes techniques. Il s'agit de se donner un temps suffisant de travail collectif pour faire un diagnostic partagé et élaborer un projet qui fera l'objet d'un contrat.

 

Tous les outils ne s'adressent pas aux mêmes types de participants : par exemple, un café citoyen s'adresse à ceux qui ont déjà une certaine habitude de la parole, du débat et de la "dispute", alors qu'une fête s'adresse à un public beaucoup plus large

 

3  Les lieux de l'éducation citoyenne

 

Cultiver les dimensions de l'éducation citoyenne

 

Plusieurs ateliers ont proposé un programme d'action complet pour l'approche dont ils avaient la charge. Certains feront l'objet de fascicules tirés à part pour restituer le travail des ateliers correspondants. On voit se dessiner des programmes qui cultivent les différentes entrées, les différents lieux de l'éducation citoyenne :

 

Repenser la presse écrite, télévisuelle et internet comme un outil d'éducation citoyenne

L'atelier 11 a élaboré un programme d'action qui fait des propositions sur l'éducation à la lecture et au regard, la création de nouveaux médias indépendants, la presse associative, la liaison entre la presse et le travail éducatif les outils du journalisme sont mis au service d'autres finalités que leur propre développement : communiquer, susciter des rencontres, se former, informer, former l'esprit critique.

 

La famille, "premier réseau"

Deux ateliers ont souhaité qu'on développe une réflexion sur l'éducation dans la famille, qui est le premier lieu éducatif, le premier réseau : changer les images et les représentations, développer des actions collectives de parents, reconnaître le statut de l'éducation familiale, changer l'image de travailleurs sociaux

 

Refonder les pratiques éducatives à l'école

Plusieurs ateliers abordent la nécessité de refonder les pratiques éducatives à l'école : apprentissage à l'autonomie, à la participation au participation au collectif revalorisation du travail manuel, physique, ouverture sur le monde. Certains parlent de "réinventer l'école" Pour cela, on peut s'appuyer sur des exemples comme l'auto école ou la Villeneuve, sur les ouvertures que donnent les  projets éducatifs locaux, sur les démarches émancipatrices (Freinet, …)

 

Faire passer les acquis du travail en réseau sur l'éducation au développement durable

L'atelier consacré à ce thème a proposé de témoigner auprès des autres acteurs sur l'importance du en réseau mené en ce domaine. Le groupe propose de diffuser des articles des publications dans les gazettes, les lettres des membres du réseau

Une diffusion plus large supposerait de créer une ONG pour l'éducation à l'environnement et au développement durable

 

Défendre une action culturelle qui concerne le plus grand nombre, tout en menant des actions de qualité

Il est proposé de poursuivre les rencontres de l 'éducation citoyenne par une réflexion à différents niveaux de territoire, associant différents mouvements sur les objectifs concrets, et débouchant sur des actions communes, expérimentales, évaluables. Il est proposé de trouver dans les pratiques d'économie solidaire des moyens à côté des financements publics

 

Agir dans la proximité, dans la mixité sociale, l'inter générations

Plusieurs ateliers signalent l'importance d'agir à son niveau, dans les relations familiales, professionnelles, amicales.  L'enjeu est dans l'attention aux autres (écoute, regard) la capacité d'accueil, le relais dans son entourage des valeurs, A noter également l'importance des liens intergénérationnels

 

Des lieux d'échanges culturels autour du livre

En particulier il est proposé de développer des lieux d'échanges culturels autour du livre, qui permettent le recherche de sens. Une démarche éducative en ce domaine repose sur la reconnaissance de l'autre comme citoyen et la mise en place de l'accompagnement nécessaire pour qu'il accède à l'autonomie

A noter que cette réflexion débouche sur un colloque, les 25 et 26 juin prochain, à Sarrant sur le thème "lecture, écriture et développement d'un territoire" où se retrouveront les membres de l'atelier (et tous ceux qui veulent)

 

Développer les pratiques corporelles dans toute démarche éducative

Les pratiques corporelles apprennent par le vécu des changements de représentation du corps, de d'écoute, d'autonomie, d'expérience de la relation, qui peuvent être transposées dans la vie. Il est proposé que toute rencontre, toute formation ou colloque comporte un moment de conscience personnelle passant par le corps.

 

Rendre chacun acteur de sa propre santé

A partir de l'objectif de rendre chacun acteur de sa propre santé, plusieurs pistes ont été proposées :

- former les citoyens à trier les informations suivant leur validité,

- créer des associations d'usagers de santé, travailler avec les associations de malades et de soignants

- limiter le pouvoir des lobbies pharmaceutiques par la loi (séparation des pouvoirs) et

- créer des liens avec les élus locaux

-créer un réseau internet des expériences significatives

Comme pour l'école, les choses ne bougeront que si la santé devient l'affaire de toute la société à tous les niveaux.

 

Faire prendre en compte la dimension du handicap par toutes les politiques

Pour que les personnes en situation de handicap soient considérées et se considèrent comme des citoyens comme les autres, il faut continuer à sensibiliser, informer, discuter pour changer les représentations., mais aussi faire exercer des droits, interpeller, agir au quotidien.

 

Développer les échanges internationaux comme lieux d'éducation citoyenne

Les échanges internationaux ont une dimension d'éducation citoyenne, d'ouverture interculturelle, d'éducation au dialogue. Il est proposé de renforcer la construction de réseaux de relations humaines et de soutenir des lieux de formation internationalisés, dans la continuité. Cela est complémentarei d'un nécessaire engagement local (on se situe dans le cadre d'une coopération décentralisée ou locale)

 

L'ancrage dans le territoire

 

Tous les ateliers se rejoignent pour mettre en valeur l'ancrage local, de proximité à partir duquel un réseau peut se développer et s'élargir sur les plans régional, national, international.

 

Renforcer l'ancrage territorial et politique des associations

 

Il faut retravailler pour refonder l'ancrage territorial des associations. Trop d'associations considèrent leur intervention comme extraterrestre. La redécouverte du territoire est aussi ne redécouverte de leur responsabilité par rapport à la communauté humaine qui est celle d'un territoire. Les associations ne peuvent pas s'exonérer de la part de politique qu'elles portent en elles. Elle doivent penser et faire découvrir à leurs adhérents la portée globale de toute action locale. Ce que font nombre d'associations d'éducation au développement durable, à une consommation responsable, et des associations d'échanges internationaux.

Le territoire peut être un levier, un point d'appui pour soulever le monde. Il faut réaffirmer et parfois retrouver la visée de transformation sociale de l'engagement associatif et syndical et de l'éducation populaire.

 

Le territoire, lieu de relation et d'éducation

 

A l'heure des réseaux d'information et d'échanges virtuels, la rencontre humaine reste le fondement d'un lien social fort. L'action locale permet cette rencontre. Elle demeure un rempart contre l'anonymat et le cortège de méfiances, peurs, exclusions de toutes sortes qui lui sont liées.

Il faut réduire l'écart entre les décideurs politiques, les élus et administrateurs et les citoyens qui, dans le quotidien, font face aux conséquences des choix engagés. Les habitants sont experts en vie quotidienne. Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs propres besoins et peuvent trouver des solutions concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent.

 

Ce travail de mise en réseau doit partir des lieux de socialisation familiers, comme l'école, les centres de loisirs, les espaces de vie des habitants, pour aller vers des espaces plus larges (communes, intercommunalités, pays et agglomérations). Il faut alors organiser une interaction entre les démarches ascendantes (remontée des besoins, démarches participatives) et descendantes (information, consultation, concertation…)

 

Les comités de quartier, les conseils de développement (pays, agglo), les conseils et commissions des communautés de communes, les agendas 21 sont des espaces où ces démarches peuvent s'organiser. Il faut toutefois un accompagnement afin que les difficultés inévitables de ces démarches puissent être surmontées sans manipulation ni surenchères. Cela suppose une présence "régulière, suivie et joyeuse" avec des moments symboliques, des rites et des fêtes. La continuité dans le temps doit être longue (il faut 10 ans pour instaurer une réelle culture de participation)

 

Plus on s'éloigne de la proximité, plus ce sont les acteurs organisés du territoire et de la vie sociale qui prennent le pas sur les habitants. Il est donc nécessaire de mettre en place des démarches à plusieurs niveaux (par exemple comités de quartier, commissions par thèmes, enquêtes, temps forts) couplées avec un conseil de pays ou d'agglomération. Pour chaque démarche il faut bien repérer le niveau pertinent d'intervention et d'accompagnement. Ce n'est pas magiquement que l'action territoriale est formatrice mais par la qualité de l'accompagnement

 

Des projets éducatifs locaux associant tous les acteurs

 

Plusieurs expériences rendent compte de la mise en place des projets éducatifs locaux (P.E.L.). Elles montrent la fécondité d'un travail en réseau de l'ensemble des acteurs éducatifs d'un territoire. Lorsque la méthode de projet est appliquée à la démarche éducative : énoncé des enjeux éducatifs liés à un territoire, à un centre de loisirs, etc…, diagnostic des forces et faiblesses pour répondre à ces enjeux, objectifs à long et moyen terme, stratégie de mise en œuvre, programme d'action, suivi de la réalisation. De nombreux partenaires sont cités comme essentiels dans cette démarche : famille, écoles, loisirs, centres sociaux, associations.

 

Cette démarche doit être co-pilotée dès l'origine par les différents partenaires (on ne peut exclure le risque de voir une institution prendre le pas sur les autres). Une démarche participative est nécessaire à toutes les étapes et doit être organisée à travers des outils Elle suppose un esprit d'écoute et de respect des spécificités et des missions de chacun.

 

Les projets éducatifs locaux permettent d'interroger les politiques de les remettre en question en les replaçant face à leurs finalités. Ils permettent aussi de mutualiser les risques.

 

4  Promouvoir l'éducation citoyenne, en faire une des dimensions principale de la transformation sociale

 

La démarche esquissée ici ne trouvera sa pleine efficacité que si elle est partagée par d'autres acteurs, reconnue par les institutions et transcrite dans l'action publique et l'action de la société civile. L'éducation citoyenne peut alors redevenir, comme le fut l'éducation populaire à ses débuts, un outil de transformation sociale et d'émancipation

Quelles actions, quelles demandes politiques permettent d'aller dans ce sens ?

 

Éléments de stratégie

 

Face à cette question, plusieurs groupes sont à la recherche d'un levier. Deux approches sont complémentaires :

- D'une part, c'est la prise de conscience individuelle et son adéquation avec la mise en oeuvre au niveau de l'action locale qui fera levier pour une prise en compte et une transformation à l'échelle mondiale, par un jeu d'écho amplificateur.

- D'autre part, l'action politique est nécessaire, tant au niveau global que dans l'action locale pour créer les conditions qui permettent l'essor des expériences, leur diffusion et rendent légitimes les pratiques émancipatrices, leur accordent les moyens publics, humains et réglementaires nécessaires.

- En amont, pour peser sur les choix politiques et susciter de nouvelles expériences, il y a nécessité de valoriser et faire connaître les initiatives. Il faut créer et entretenir un rapport de forces dans l'opinion

 

Il ne suffit pas de susciter des expériences novatrices, qui montrent le chemin, mais restent en nombre limité. Il faut aussi travailler à la transformation de ce qui existe, féconder les grandes institutions (fédérations d'éducation populaire, éducation nationale, collectivités,…) en se faisant voler nos idées et nos pratiques.

 

Cela revient souvent à légitimer, par une reconnaissance extérieure et par la médiatisation, des actions internes à ces structures. Celles-ci restent marginales du fait des résistances de l'appareil et de ceux, de la base au sommet, qui tiennent à leur confort. On ne peut pas faire l'économie d'une réforme de ces systèmes, même si face à la révolution libérale le réflexe est de résister en conservant ce qui existe. Les politiques à mener ne passent pas nécessairement par la promulgation de lois, mais plutôt par de nouvelles formes de participation à inventer;

 

Nous devons mener une réflexion pour anticiper sur l'évolution de la société et des organisations. Le monde change vite, il se bouleverse. On ne peut se contenter de réagir aux événements. Proposition : faire des "scénarios de l'impossible" dans le domaine de l'éducation citoyenne (montrer ou conduit le pire à échéance de 30 ou 50 ans)

 

Ce qu'on peut faire au plan politique

 

Pour agir politiquement, plusieurs propositions ont été formulées :

 

- Faire une motion signée par toutes les organisations pour dénoncer la disparition des crédits budgétaires nécessaires aux actions porteuses d'éducation citoyenne et demander que la formation à la citoyenneté devienne un volet important de l'action publique.

- Formuler pour cela des demandes précises qui obligent les institutions publiques à prendre en compte toutes les composantes des nouvelles pratiques et pas seulement l'écume.

- S'entourer de compétences nouvelles, d'éclairages nouveaux, d'intelligences individuelles et collectives, afin d'être reconnus comme "tenant la route"

- Pour aller dans ce sens, il serait nécessaire que les groupes locaux s'allient avec d'autres groupes défendant des valeurs proches, pour produire une réflexion et des propositions sur le plan politique.

- Pour agir et faire connaître les initiatives, utiliser à plein les multiples outils d'information existants, modernes et traditionnels.

- Saisir toutes les situations favorables pour développer l'autonomie des personnes (santé, consommation, enseignement, culture, droit...) et pas seulement l'école ou l'éducation populaire reconnue

- Utiliser un langage qui lui parle au plus grand nombre, en éliminant les termes codés de nos expressions publiques.

 

Ce qu'on peut faire entre nous et par nous-mêmes

 

- Construire des relais locaux pour fédérer les initiatives sur le terrain et à les faire connaître et se développer sur un plan national, voire international.

- Créer des lieux d'échanges et d'initiative dans des espaces ouverts (cafés citoyens, librairies, bibliothèques, maisons de quartiers, marchés, fêtes et animations diverses autour de thèmes...)

- Développer des actions où la mise en situation permet à chacun d'appréhender la réalité de l'autre (perceptive, culturelle, corporelle, spatiale...)

- Aller à la rencontre de toutes les organisations dans un objectif de croisement des pratiques

- Développer les échanges réciproques de savoirs entre les différentes structures

- Répertorier et analyser les initiatives afin de permettre un développement des compétences et des pratiques sur le plan social élargi. (Témoignage, information, relais...)

- Trouver dans le champ des pratiques de l'économie solidaire des moyens pour mener certaines actions;

- Intervenir dans les écoles et lieux de rencontre des jeunes pour sensibiliser les citoyens de demain.

 

Que faire au niveau international ?

 

La question de l'éducation des citoyens est une question globale. On ne peut se contenter de la traiter au niveau national ou local. C'est pourquoi des actions doivent être entreprises au plan international. Peu de propositions ont été faites à ce stade, mais le champ est très vaste devant nous

 

- Développer des contre-pouvoirs face aux puissances économiques en faisant ressortir la valeur que représente la qualité du lien social, l'indépendance de la culture et la citoyenneté participative pour une société et pour l'avenir de la planète.

- Création d'une l'ONG internationale pour l'éducation à l'environnement vers le développement durable

- établir des liens avec l'UNESCO pour savoir ce qui a déjà été fait et réfléchir aux moyens de rendre prioritaire l'accès à la culture et à la connaissance dans les politiques sociales et éducatives


5 Que doit faire RECIT ?

 

Lors des rencontres de l'éducation citoyenne, les participants aux ateliers ont formulé une série de propositions concernant l'action commune au sein de RECIT au delà du partage des expériences qui est une première étape. Ces propositions sont regroupées en 6 axes.

 

1  Poursuivre la réflexion et les échanges

 

Un travail par groupes qui prolonge certains des ateliers, avec :

 

Il y a besoin de constituer un corps conceptuel, sorte de recueil des données, des analyses et des interprétations sortant de ce forum (22)

 

Reprendre certaines des questions qui ont été posées au cours de l'atelier, y compris avec ceux ou celles qui n'ont pas pu venir, pour aller plus loin sur certains aspects (4), et élaborer une problématique utile à d'autres, à partir des exemples.

 

Des réflexions communes qui prolongent les ateliers ou sur des questions de fond comme la notion de pouvoir, les fondements de l'action collective (19).

 

Un travail sur des outils , par exemple des jeux coopératifs (5)

 

Circulation et valorisation des expériences

 

Plusieurs ateliers proposent de prolonger leur travail en organisant le collecte et la circulation des expériences correspondant à leur champ de réflexion (2, 11, 9). A noter que nombre d'associations du réseau peuvent faire circuler des expériences non présentées à Lille. On peut aussi créer sur le site une rubrique "çà marche"(11)

 

Il est nécessaire de transmettre des histoires d'actions collectives, mettre en exergue des histoires singulières. Les rendez-vous de l'éducation citoyenne permettent de se rencontrer et de parler autour d'une pratique, de dégager sur place des enseignements (l'atelier 21 reprend le terme "rendez-vous de la curiosité")

 

Le site, outil pour tous les membres du réseau

 

Le site est à la fois un outil interne, pour faire circuler les réflexions et les expériences, et un outil externe, pour faire connaître. C'est pourquoi nous en parlons deux fois

 

On attend du site qu'il site permette de revenir sur les questions posées par les ateliers, d'échanger entre participants, de faire réseau entre les différentes entrées de l'éducation citoyenne en témoignant par exemple de la prise en compte du handicap dans l'ensemble des réflexions. Mais il ne se substitue pas aux mails (tous ne vont pas sur Internet) ni aux échanges de courrier et aux discussions directes(13). Restreindre à l'outil internet peut conduire à confisquer la débat au profit de des activistes informatiques

 

Le site doit contribuer à récapituler les pratiques et restituer l'histoire de la pratique collective (21)

 

Rappel : proposition de créer sur le site une rubrique "çà marche"(11) avec des expériences particulièrement positives, à mettre en exergue.

 

Des pages sur le site qui soient des lieux d'expression critique sur des questions essentielles pour l'éducation des citoyens . par ex une page d'expression critique sur l'information (11), de débat sur la reconnaissance des personnes en situation de handicap par l'ensemble des approches développées au sein de RECIT (13), ces pages étant animées par les groupes correspondants.

 

 

 

 

 

2  Décentraliser la réflexion, organiser de nouvelles rencontres

 

De nouvelles rencontres

 

De nouvelles rencontres : oui, mais selon quelle périodicité ? Plusieurs groupes ont évoqué de nouvelles rencontres. Mais faut il organiser des rencontres nationales chaque année, avec 2 ou trois rencontres régionales (20) ou plus espacées afin de ne pas sur-solliciter les acteurs (22)

 

Des  mises en réseau régionales

 

Les acquis des rencontres ne peuvent fructifier que par une réflexion décentralisée (16) Il est possible dès maintenant, dans certaines régions, d'organiser une mise en réseau et des réflexions régionales, comme l'a entrepris le Nord-Pas de Calais. Il ne s'agit pas de monter des structures lourdes, mais de permettre aux réseaux régionaux de s'interconnecter et de créer des synergies (4).

Ces réseaux régionaux peuvent être constitués autour de rencontres régionales ou locales (20).

 

Des groupes de parole locaux

 

Il est proposé de développer des groupes de parole locaux (20), groupes informels de 10 à 20 personnes, qui s’organisent par eux-mêmes pour mieux comprendre le monde, développer la cohérence entre leur pensée et leur action, et organisent pour cela des temps d’autoformation, de réflexion commune.

 

3  Expérimenter, dégager de méthodes et des outils,

former à ces méthodes

 

Observer les actions et mutualiser les acquis

 

Une réflexion est nécessaire pour faire parler les expériences en termes de sens, de méthodes, de représentations. Un groupe de lecture des récits d'expériences et de dialogue avec elles permettrait de relier les pratiques et la réflexion. Il faut ce faisant interroger les pratiques en termes de cohérence (13) et de réalisation concrètes (22)