Joëlle MUHLMANN (Rencontres
citoyennes des 7 et 8 f évrier 2004 à Lille)
Lors des rencontres de l'éducation citoyenne, chacun des 23 ateliers a
produit trois fiche minute destinées à donner à chaud, dans les minutes suivant
la fin de chaque temps d'atelier, afin de donner un éclairage sur les échanges,
les questions et les propositions.
Le présent document de synthèse a été réalisé par Joëlle MUHLMANN à
partir des 61 fiches produites par les ateliers. Il garde un caractère
provisoire, puisque les comptes rendus d'ateliers doivent apporter des éléments
beaucoup plus précis dans les prochaines semaines. Ce document résulte d'une
lecture d'ensemble des points de convergence de ces fiches minutes en termes de
valeurs, de démarches et d'actions. Ce recensement n'est pas intégral, mais
souligne les points qu'on retrouve souvent ou particulièrement significatifs.
S'y sont ajoutés des passages venant des comptes rendus réalisés à chaud par
les rapporteurs en introduction aux séances plénières.
Un enjeu souvent cité est de rétablir et développer la qualité du lien
social fondée sur des individualités libres et responsables. Il s'agit avant
tout de refonder le pacte démocratique (« Un autre monde est
possible ») sur deux axes:
- au niveau
du territoire, par des dynamiques locales qui développent la participation et
le partenariat: interaction individu-société, dans une optique de partage et de
réciprocité.
- par une
reconnaissance de l'influence et de la valeur de des personnes au sein de la
communauté, et de leur interdépendance. La connaissance de soi-même et son
acceptation permet de se relier à l'autre et de le reconnaître dans son
intégrité.
Ce processus se construit dans une cohérence entre les valeurs
affichées et les actions réalisées, une articulation entre actions
individuelles et collectives.
Il est question de la redéfinition des valeurs humaines, de la qualité
du « vivre ensemble »: quelle citoyenneté ? Comment faire pour que
les droits de l'Homme soient une réalité pour tous ?
L'enjeu est aussi la prise de conscience par tous les citoyens de leur
coresponsabilité dans les actes qu'ils posent et dans le débat public. Cette
prise de conscience est liée à la valorisation de la place et de la parole de
chacun. En d'autres termes, il faut garantir la citoyenneté à tous, et pas
seulement à ceux qui détiennent les outils du pouvoir. Dans ce but, il est
nécessaire de veiller à l'articulation entre l'économique et le politique[1].
La richesse se développe dans la diversité: Pour cela il est nécessaire
d'accepter le risque inhérent à la rencontre de l'inconnu, de la dépasser. Nous
sommes convaincus que « l'autre a autant à m'enseigner que moi je n'ai à
lui apprendre. » La rencontre dans le respect des différences et la
confiance dans les compétences de chacun permettent une construction réciproque
des savoirs et des connaissances.
Chaque atelier a abordé la nécessité d'un travail sur les
représentations: "prenons conscience de nos filtres et changeons-les,
élargissons notre horizon, faisons éclater les normes..." D'où une
ouverture dès l'enfance à la culture sous toutes ses formes, afin de changer le
regard, les habitus de chacun. Cette question du changement de regard concerne
tant des élus que les membres des associations ou des individus.
Il y a convergence aussi sur la nécessité d'un questionnement
systématique des méthodes, des modes de fonctionnement tant individuels que
collectifs. Ceux-ci sont souvent en contradiction avec les valeurs que l'on
défend, sur tous les plans (consommation, intégration, prise en compte de
« l'autre », manière d'être au monde, en tant que voisin ou que
« citoyen du monde », relations au travail, à la santé…). Cela
renforce l'idée que l'éducation citoyenne est globale. Chacun, chaque institution
a sa part de responsabilité dans l'éducation ou la contre éducation des
citoyens.
Les attitudes que nous avons dans notre vie et dans nos actes sont
essentielles pour le respect des valeurs telles que la solidarité, le respect
de la vie et de la dignité humaine, l'authenticité, la réciprocité,
l'engagement, la résistance: ce sont des axes centraux de la mise en oeuvre des
actions.
D'autres signalent la nécessité de garantir et développer la liberté de
chacun dans sa vie culturelle (journaux, médias, art, ..), philosophique ou
religieuse, et l'importance d'une autre relation au temps
La question posée était double : Comment répondre aux besoins de chacun, et aller vers ceux qui ne
participent pas facilement ? Comment créer des espaces de confiance et de
participation ?
Les ateliers ne prétendent pas avoir la solution, mais apportent des
éléments de réponses (qui seraient plus explicites en analysant les exemples
présentés)
Il faut écouter les gens sur les problèmes qui les touchent ("les
crottes de chiens, l'insécurité, les tags"), et déjà répondre à ces
questions avant d'aller plus loin. Il s'agit d'aller au devant des gens là où
ils sont, d'aller au plus près des habitants.
Il ne s'agit pas de trouver comment des riches viennent de temps en
temps dans les quartiers des pauvres
pour les conscientiser. Il s'agit de voir comment construire ensemble un
dialogue. Cela passe par un partage dans le temps, par la construction d'un
vécu commun qui s'appuie sur les préoccupations quotidiennes.
Il s'agit non seulement d'écouter, mais de laisser réellement la parole
aux habitants, avec la conviction que les habitants sont "experts en vie
quotidienne". Pour cela, il faut prendre le temps de faire connaissance,
créer des espaces de parole dans le respect des préoccupations et du désir de
parler. Beaucoup d'expériences insistent sur ce besoin de lieux de parole et
décrivent leur construction (par ex. l'Écume du jour à Beauvais).
La première expression est souvent soit violente,
soit hésitante, soit négative. Beaucoup d'habitants ont du mal à formuler des
enjeux, et formulent des revendications. Il faut de temps pour construire une
parole.
La société rend les gens passifs, en tant que
spectateurs et consommateurs. Pour cela, il faut permettre aux gens de savoir
ce qu'ils veulent pour eux-mêmes, et offrir des activités qui permettent à
chacun d'être actif avec ses propres désirs, même s'ils sont individuels. Iil
faut proposer de démarches de projet dans lesquelles les gens peuvent être en
situation de réussite. Il n'y a pas de participation possible pour ceux qui
sont passifs dans leur vie quotidienne.
Le fait d'agir développe des interactions, amène
chacun à s'ouvrir aux autres, à communiquer. Le travail pédagogique des
responsables politiques et associatifs est de dégager les enjeux communs dans
ces situations. Pour cela, il faut remonter aux causes des questions qui se
posent, et pouvoir les expliciter. On peut voir alors peu à peu se dégager une prise de conscience du caractère collectif
des actions.
Plusieurs orientations ont été soulignés par les ateliers pour créer
les conditions de la participation :
- Prendre
conscience des processus d'exclusion et de stigmatisation.
- Donner un
nom et un visage à ce ou celui qui exclue, qui confisque la parole.
- Ne pas
vouloir désaliéner l'autre plus vite qu'il ne le fait, mais se placer dans une
attitude de dialogue. Cela veut dire qu'on ne peut pas imposer la non
directivité.
- Rencontrer
l'autre à travers ses richesses, là où il se trouve. « Ouvrir les
portes ».
- Offrir un
contexte où chacun se sente valorisé et interpellé en tant qu'acteur à part
entière, et puisse s'inscrire dans une dynamique de réussite.
- Favoriser
l'interactivité, le décloisonnement.
- Utiliser de
temps forts, festifs (théâtre, théâtre forum, cirque, fête) et investir les
lieux publics (festivals, manifestations).
- Raconter
une histoire qui « parle » aux personnes et avec elles
- Restaurer
le partage et l'entraide dans la vie quotidienne (repas partagés). La
convivialité est un élément réparateur, qui construit du lien social et donc
participe à la construction d'une culture commune.
En particulier, le théâtre forum permet de dire des choses et d'attirer
des personnes qui sortent peu de chez elles, de mettre les participants en
capacité de dire des choses qu'ils n'osent pas formuler en direct.
Pour certains ateliers (N°2) aller vers ceux qui ne participent pas
facilement est une démarche de projet, avec de réalisations suscitant le désir
de participer, et permettant aux besoins de s'exprimer. Par exemple, des
techniques et des jeux peuvent favoriser dans un groupe la confiance et
l'estime de soi, et le respect de l'autre dans sa globalité.
On observe une grande convergence dans la démarche et les méthodes, qui
a été synthétisée par Rolande MILLOT en introduction au second débat des
rencontres. On doit distinguer celles
qui concernent les personnes, celles qui sont en rapport avec l’action et
celles qui sont des caractéristiques d’ordre général.
1-1 Tout d’abord, tel un
préalable, il faut faire le pari de l’éducabilité de tous
1-2 Instaurer des conditions
positives, prendre le temps nécessaire Il faut pour cela créer des conditions
de relations positives, conviviales
1-3 Cela implique :
- Respect
mutuel - Climat de confiance
- Écoute (
c'est à dire écouter, mais aussi entendre )
1-4 Mais aussi prendre le temps
de :
- faire
connaissance, se situer dans le groupe et vis-à-vis du projet, de l’action,
- avoir un
vécu commun.
1-5 Cela implique
- d’aller
trouver les gens là où ils sont de partir des situations-problèmes qui sont les
leurs et pour lesquelles ils souhaitent un changement de s’appuyer sur le vécu
et l’expérience de chacun
- donc de
créer des situations et des conditions qui garantissent à chacun la possibilité
de s’exprimer
- enfin
d’organiser la rencontre des personnes ayant les mêmes préoccupations, projets
comme de celles ayant des intérêts opposés ou différents.
Quatre éléments de méthode sont
à souligner :
1-1 Instaurer des pratiques d’entraide, de
partage
1-2 S’appuyer sur le tutorat, le parrainage,
l’accompagnement dans la mise en œuvre
1-3 Favoriser
la confrontation constructive des points de vue
1-4 …. ce qui
nous amène à :
- accueillir
les inattendus, les situations informelles, les "Plus" (ces
plus-values non prévues)
- oser
prendre des risques, à partir d’hypothèses, tenter, essayer
- puis
interroger les pratiques
- faire
l’analyse critique et réorienter, réévaluer les objectifs
Quatre conditions d'ordre
général sont mis en avant :
3-1 Nécessité de constituer
une équipe (Il faut définir la responsabilité collective et individuelle à
l'égard du projet et des décisions ). Cela veut dire :
-
Responsabilité partagée (collégialité)
- Coopération
- Solidarité
3-2 Une ouverture
indispensable à travers la vie du
quartier ou du territoire. Cela implique :
- le
partenariat
- une mise en
réseau
- un
décloisonnement (trans, inter,
pluridisciplinarité)
3-3 L'hétérogénéité,
sous toutes ses formes et tous ses aspects (culturelle, sociale,
générationnelle, de compétences, etc…). Le terme d’hétérogénéité ne
paraît pas dans les fiches-minute mais il parait bien traduire nombre de
remarques.
Pourquoi l'hétérogénéité ?
Parce que c’est à la fois :
- une
richesse
- un élément
favorable à l’émergence de l’intelligence collective
- un
renforcement du lien social
- un élément
favorable au vivre ensemble
(découverte, connaissance de l’autre, tolérance…)
3-4 Réhabiliter le politique
C'est là que réside le projet sociétal.
Nombre de fiches souligne
l’importance du faire. Il est indispensable de s'appuyer sur le faire.
C'est avec le faire qu'on apprend
Plusieurs points sont soulignés
comme importants
1-1
Connaissance du fonctionnement des groupes
1-2
Connaissance des techniques de gestion des conflits (pourquoi pas non violente)
1-3 La
pratique de la négociation : jouer des régulations successives
1-4 Des
groupes de petite taille. opter pour, de favoriser les groupes de petite taille
2-1 Adopter des démarches de projet donc de
réalisation, de production
2-2 Affronter la complexité
2-3
Travailler sur ses propres représentations
2-4 Situer le
recours à l’information ou à l’expertise en réponse aux questions des
participants et/ou aux besoins du projet
2-5 Établir
des règles de fonctionnement, voire un contrat (même dans l’informel, cela est
indispensable-
Toute une série d'outils ont été cités par les différents ateliers, qui
visent à favoriser la participation de tous, aller vers une construction de la
personne par l'estime de soi, et vers la construction du groupe et son
ouverture :
- Techniques
de communication interpersonnelle : écoute active et reformulation,
participation active à un groupe, animation de groupes complexes.
-
Connaissance du fonctionnement des groupes (analyse transactionnelle, analyse
systémique, Gestalt, PNL, travail sur le développement personnel, l'inconscient
des groupes,…).
-
Reconnaissance de la place du corps (y compris dans les apprentissages)
- Réalisation
de journaux d’expression par les personnes réellement concernées, journaux qui
traitent des problèmes des gens, du projet…
- Des
pratiques d’expression et de distanciation telles que le théâtre
- Les fêtes :
fêtes de quartier, fêtes du groupe, temps forts pour marquer le coup
- Des rites
scellant l'identité d'un groupe
- Le jeu peut
être un apprentissage au faire ensemble et à la coopération
- Gestion de
conflits (expression des divergences, objectivation, confrontations, débats).
-
Méthodologie de projet participatif (enjeux, mobilisation, diagnostic, projet,
programme, réalisation, évaluation).
-
Transposition pour un groupe de moyens de communication interactifs ou
médiatiques ; quotidien de l'école, radio locale émettant dans chaque salle,
journal de classe ou de rue, fait avec eux, qui parlent de leurs
problèmes,
-
Restauration du partage et de l'entraide dans les processus d'apprentissage,
- Création de
lieux de parole structurants (cafés citoyens, forums)
- Éducation à
la pluridisciplinarité et au travail en équipe
- Échanges
d'expériences et réflexion commune sur des pratiques
- petits
groupes d'autoformation
L'importance de la méthodologie de projet a été soulignée par de
nombreux ateliers, en dépassant les demandes techniques. Il s'agit de se donner
un temps suffisant de travail collectif pour faire un diagnostic partagé et
élaborer un projet qui fera l'objet d'un contrat.
Tous les outils ne s'adressent pas aux mêmes types de participants :
par exemple, un café citoyen s'adresse à ceux qui ont déjà une certaine
habitude de la parole, du débat et de la "dispute", alors qu'une fête
s'adresse à un public beaucoup plus large
Plusieurs ateliers ont proposé un programme d'action complet pour
l'approche dont ils avaient la charge. Certains feront l'objet de fascicules
tirés à part pour restituer le travail des ateliers correspondants. On voit se
dessiner des programmes qui cultivent les différentes entrées, les différents
lieux de l'éducation citoyenne :
L'atelier 11 a élaboré un programme d'action qui fait des propositions
sur l'éducation à la lecture et au regard, la création de nouveaux médias
indépendants, la presse associative, la liaison entre la presse et le travail
éducatif les outils du journalisme sont mis au service d'autres finalités que
leur propre développement : communiquer, susciter des rencontres, se former,
informer, former l'esprit critique.
Deux ateliers ont souhaité qu'on développe une réflexion sur
l'éducation dans la famille, qui est le premier lieu éducatif, le premier
réseau : changer les images et les représentations, développer des actions
collectives de parents, reconnaître le statut de l'éducation familiale, changer
l'image de travailleurs sociaux
Plusieurs ateliers abordent la nécessité de refonder les pratiques
éducatives à l'école : apprentissage à l'autonomie, à la participation au
participation au collectif revalorisation du travail manuel, physique,
ouverture sur le monde. Certains parlent de "réinventer l'école" Pour
cela, on peut s'appuyer sur des exemples comme l'auto école ou la Villeneuve,
sur les ouvertures que donnent les
projets éducatifs locaux, sur les démarches émancipatrices (Freinet, …)
L'atelier consacré à ce thème a proposé de témoigner auprès des autres
acteurs sur l'importance du en réseau mené en ce domaine. Le groupe propose de
diffuser des articles des publications dans les gazettes, les lettres des
membres du réseau
Une diffusion plus large supposerait de créer une ONG pour l'éducation
à l'environnement et au développement durable
Il est proposé de poursuivre les rencontres de l 'éducation citoyenne
par une réflexion à différents niveaux de territoire, associant différents
mouvements sur les objectifs concrets, et débouchant sur des actions communes,
expérimentales, évaluables. Il est proposé de trouver dans les pratiques
d'économie solidaire des moyens à côté des financements publics
Plusieurs ateliers signalent l'importance d'agir à son niveau, dans les
relations familiales, professionnelles, amicales. L'enjeu est dans l'attention aux autres (écoute, regard) la
capacité d'accueil, le relais dans son entourage des valeurs, A noter également
l'importance des liens intergénérationnels
En particulier il est proposé de développer des lieux d'échanges
culturels autour du livre, qui permettent le recherche de sens. Une démarche
éducative en ce domaine repose sur la reconnaissance de l'autre comme citoyen
et la mise en place de l'accompagnement nécessaire pour qu'il accède à
l'autonomie
A noter que cette réflexion débouche sur un colloque, les 25 et 26 juin
prochain, à Sarrant sur le thème "lecture, écriture et développement d'un
territoire" où se retrouveront les membres de l'atelier (et tous ceux qui
veulent)
Les pratiques corporelles apprennent par le vécu des changements de
représentation du corps, de d'écoute, d'autonomie, d'expérience de la relation,
qui peuvent être transposées dans la vie. Il est proposé que toute rencontre,
toute formation ou colloque comporte un moment de conscience personnelle
passant par le corps.
A partir de l'objectif de rendre chacun acteur de sa propre santé,
plusieurs pistes ont été proposées :
- former les
citoyens à trier les informations suivant leur validité,
- créer des
associations d'usagers de santé, travailler avec les associations de malades et
de soignants
- limiter le
pouvoir des lobbies pharmaceutiques par la loi (séparation des pouvoirs) et
- créer des
liens avec les élus locaux
-créer un
réseau internet des expériences significatives
Comme pour l'école, les choses ne bougeront que si la santé devient
l'affaire de toute la société à tous les niveaux.
Pour que les personnes en situation de handicap soient considérées et
se considèrent comme des citoyens comme les autres, il faut continuer à
sensibiliser, informer, discuter pour changer les représentations., mais aussi
faire exercer des droits, interpeller, agir au quotidien.
Les échanges internationaux ont une dimension d'éducation citoyenne,
d'ouverture interculturelle, d'éducation au dialogue. Il est proposé de
renforcer la construction de réseaux de relations humaines et de soutenir des
lieux de formation internationalisés, dans la continuité. Cela est
complémentarei d'un nécessaire engagement local (on se situe dans le cadre
d'une coopération décentralisée ou locale)
Tous les ateliers se rejoignent pour mettre en valeur l'ancrage local,
de proximité à partir duquel un réseau peut se développer et s'élargir sur les
plans régional, national, international.
Il faut retravailler pour refonder l'ancrage territorial des
associations. Trop d'associations considèrent leur intervention comme
extraterrestre. La redécouverte du territoire est aussi ne redécouverte de leur
responsabilité par rapport à la communauté humaine qui est celle d'un
territoire. Les associations ne peuvent pas s'exonérer de la part de politique
qu'elles portent en elles. Elle doivent penser et faire découvrir à leurs
adhérents la portée globale de toute action locale. Ce que font nombre
d'associations d'éducation au développement durable, à une consommation
responsable, et des associations d'échanges internationaux.
Le territoire peut être un levier, un point d'appui pour soulever le
monde. Il faut réaffirmer et parfois retrouver la visée de transformation
sociale de l'engagement associatif et syndical et de l'éducation populaire.
A l'heure des réseaux d'information et d'échanges virtuels, la
rencontre humaine reste le fondement d'un lien social fort. L'action locale
permet cette rencontre. Elle demeure un rempart contre l'anonymat et le cortège
de méfiances, peurs, exclusions de toutes sortes qui lui sont liées.
Il faut réduire l'écart entre les décideurs politiques, les élus et
administrateurs et les citoyens qui, dans le quotidien, font face aux
conséquences des choix engagés. Les habitants sont experts en vie quotidienne.
Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs propres besoins et peuvent trouver
des solutions concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent.
Ce travail de mise en réseau doit partir des lieux de socialisation
familiers, comme l'école, les centres de loisirs, les espaces de vie des
habitants, pour aller vers des espaces plus larges (communes,
intercommunalités, pays et agglomérations). Il faut alors organiser une
interaction entre les démarches ascendantes (remontée des besoins, démarches
participatives) et descendantes (information, consultation, concertation…)
Les comités de quartier, les conseils de développement (pays, agglo),
les conseils et commissions des communautés de communes, les agendas 21 sont
des espaces où ces démarches peuvent s'organiser. Il faut toutefois un
accompagnement afin que les difficultés inévitables de ces démarches puissent
être surmontées sans manipulation ni surenchères. Cela suppose une présence
"régulière, suivie et joyeuse" avec des moments symboliques, des
rites et des fêtes. La continuité dans le temps doit être longue (il faut 10
ans pour instaurer une réelle culture de participation)
Plus on s'éloigne de la proximité, plus ce sont les acteurs organisés
du territoire et de la vie sociale qui prennent le pas sur les habitants. Il
est donc nécessaire de mettre en place des démarches à plusieurs niveaux (par
exemple comités de quartier, commissions par thèmes, enquêtes, temps forts)
couplées avec un conseil de pays ou d'agglomération. Pour chaque démarche il
faut bien repérer le niveau pertinent d'intervention et d'accompagnement. Ce
n'est pas magiquement que l'action territoriale est formatrice mais par la
qualité de l'accompagnement
Plusieurs expériences rendent compte de la mise en place des projets
éducatifs locaux (P.E.L.). Elles montrent la fécondité d'un travail en réseau
de l'ensemble des acteurs éducatifs d'un territoire. Lorsque la méthode de
projet est appliquée à la démarche éducative : énoncé des enjeux éducatifs liés
à un territoire, à un centre de loisirs, etc…, diagnostic des forces et
faiblesses pour répondre à ces enjeux, objectifs à long et moyen terme,
stratégie de mise en œuvre, programme d'action, suivi de la réalisation. De
nombreux partenaires sont cités comme essentiels dans cette démarche : famille,
écoles, loisirs, centres sociaux, associations.
Cette démarche doit être co-pilotée dès l'origine par les différents
partenaires (on ne peut exclure le risque de voir une institution prendre le
pas sur les autres). Une démarche participative est nécessaire à toutes les
étapes et doit être organisée à travers des outils Elle suppose un esprit
d'écoute et de respect des spécificités et des missions de chacun.
Les projets éducatifs locaux permettent d'interroger les politiques de
les remettre en question en les replaçant face à leurs finalités. Ils
permettent aussi de mutualiser les risques.
La démarche esquissée ici ne trouvera sa pleine efficacité que si elle
est partagée par d'autres acteurs, reconnue par les institutions et transcrite
dans l'action publique et l'action de la société civile. L'éducation citoyenne
peut alors redevenir, comme le fut l'éducation populaire à ses débuts, un outil
de transformation sociale et d'émancipation
Quelles actions, quelles demandes politiques permettent d'aller dans ce
sens ?
Face à cette question, plusieurs groupes sont à la recherche d'un
levier. Deux approches sont complémentaires :
- D'une part,
c'est la prise de conscience individuelle et son adéquation avec la mise en
oeuvre au niveau de l'action locale qui fera levier pour une prise en compte et
une transformation à l'échelle mondiale, par un jeu d'écho amplificateur.
- D'autre
part, l'action politique est nécessaire, tant au niveau global que dans
l'action locale pour créer les conditions qui permettent l'essor des
expériences, leur diffusion et rendent légitimes les pratiques émancipatrices,
leur accordent les moyens publics, humains et réglementaires nécessaires.
- En amont,
pour peser sur les choix politiques et susciter de nouvelles expériences, il y
a nécessité de valoriser et faire connaître les initiatives. Il faut créer et
entretenir un rapport de forces dans l'opinion
Il ne suffit pas de susciter des expériences novatrices, qui montrent
le chemin, mais restent en nombre limité. Il faut aussi travailler à la
transformation de ce qui existe, féconder les grandes institutions (fédérations
d'éducation populaire, éducation nationale, collectivités,…) en se faisant
voler nos idées et nos pratiques.
Cela revient souvent à légitimer, par une reconnaissance extérieure et
par la médiatisation, des actions internes à ces structures. Celles-ci restent
marginales du fait des résistances de l'appareil et de ceux, de la base au
sommet, qui tiennent à leur confort. On ne peut pas faire l'économie d'une
réforme de ces systèmes, même si face à la révolution libérale le réflexe est
de résister en conservant ce qui existe. Les politiques à mener ne passent pas
nécessairement par la promulgation de lois, mais plutôt par de nouvelles formes
de participation à inventer;
Nous devons mener une réflexion pour anticiper sur l'évolution de la
société et des organisations. Le monde change vite, il se bouleverse. On ne
peut se contenter de réagir aux événements. Proposition : faire des
"scénarios de l'impossible" dans le domaine de l'éducation citoyenne
(montrer ou conduit le pire à échéance de 30 ou 50 ans)
Pour agir politiquement, plusieurs propositions ont été formulées :
- Faire une
motion signée par toutes les organisations pour dénoncer la disparition des
crédits budgétaires nécessaires aux actions porteuses d'éducation citoyenne et
demander que la formation à la citoyenneté devienne un volet important de
l'action publique.
- Formuler
pour cela des demandes précises qui obligent les institutions publiques à
prendre en compte toutes les composantes des nouvelles pratiques et pas
seulement l'écume.
- S'entourer
de compétences nouvelles, d'éclairages nouveaux, d'intelligences individuelles
et collectives, afin d'être reconnus comme "tenant la route"
- Pour aller
dans ce sens, il serait nécessaire que les groupes locaux s'allient avec
d'autres groupes défendant des valeurs proches, pour produire une réflexion et
des propositions sur le plan politique.
- Pour agir
et faire connaître les initiatives, utiliser à plein les multiples outils
d'information existants, modernes et traditionnels.
- Saisir
toutes les situations favorables pour développer l'autonomie des personnes
(santé, consommation, enseignement, culture, droit...) et pas seulement l'école
ou l'éducation populaire reconnue
- Utiliser un
langage qui lui parle au plus grand nombre, en éliminant les termes codés de
nos expressions publiques.
- Construire
des relais locaux pour fédérer les initiatives sur le terrain et à les faire
connaître et se développer sur un plan national, voire international.
- Créer des
lieux d'échanges et d'initiative dans des espaces ouverts (cafés citoyens,
librairies, bibliothèques, maisons de quartiers, marchés, fêtes et animations
diverses autour de thèmes...)
- Développer
des actions où la mise en situation permet à chacun d'appréhender la réalité de
l'autre (perceptive, culturelle, corporelle, spatiale...)
- Aller à la
rencontre de toutes les organisations dans un objectif de croisement des
pratiques
- Développer
les échanges réciproques de savoirs entre les différentes structures
- Répertorier
et analyser les initiatives afin de permettre un développement des compétences
et des pratiques sur le plan social élargi. (Témoignage, information,
relais...)
- Trouver
dans le champ des pratiques de l'économie solidaire des moyens pour mener
certaines actions;
- Intervenir
dans les écoles et lieux de rencontre des jeunes pour sensibiliser les citoyens
de demain.
La question de l'éducation des citoyens est une question globale. On ne
peut se contenter de la traiter au niveau national ou local. C'est pourquoi des
actions doivent être entreprises au plan international. Peu de propositions ont
été faites à ce stade, mais le champ est très vaste devant nous
- Développer
des contre-pouvoirs face aux puissances économiques en faisant ressortir la
valeur que représente la qualité du lien social, l'indépendance de la culture
et la citoyenneté participative pour une société et pour l'avenir de la
planète.
- Création
d'une l'ONG internationale pour l'éducation à l'environnement vers le
développement durable
- établir des
liens avec l'UNESCO pour savoir ce qui a déjà été fait et réfléchir aux moyens
de rendre prioritaire l'accès à la culture et à la connaissance dans les
politiques sociales et éducatives
Lors des rencontres de l'éducation citoyenne, les participants aux
ateliers ont formulé une série de propositions concernant l'action commune au
sein de RECIT au delà du partage des expériences qui est une première étape.
Ces propositions sont regroupées en 6 axes.
Il y a besoin de constituer un corps conceptuel, sorte de recueil des
données, des analyses et des interprétations sortant de ce forum (22)
Reprendre certaines des questions qui ont été posées au cours de
l'atelier, y compris avec ceux ou celles qui n'ont pas pu venir, pour aller
plus loin sur certains aspects (4), et élaborer une problématique utile à
d'autres, à partir des exemples.
Des réflexions communes qui prolongent les ateliers ou sur des
questions de fond comme la notion de pouvoir, les fondements de l'action
collective (19).
Un travail sur des outils , par exemple des jeux coopératifs (5)
Plusieurs ateliers proposent de prolonger leur travail en organisant le
collecte et la circulation des expériences correspondant à leur champ de
réflexion (2, 11, 9). A noter que nombre d'associations du réseau peuvent faire
circuler des expériences non présentées à Lille. On peut aussi créer sur le
site une rubrique "çà marche"(11)
Il est nécessaire de transmettre des histoires d'actions collectives,
mettre en exergue des histoires singulières. Les rendez-vous de l'éducation
citoyenne permettent de se rencontrer et de parler autour d'une pratique, de
dégager sur place des enseignements (l'atelier 21 reprend le terme
"rendez-vous de la curiosité")
Le site est à la fois un outil interne, pour faire circuler les
réflexions et les expériences, et un outil externe, pour faire connaître. C'est
pourquoi nous en parlons deux fois
On attend du site qu'il site permette de revenir sur les questions
posées par les ateliers, d'échanger entre participants, de faire réseau entre
les différentes entrées de l'éducation citoyenne en témoignant par exemple de
la prise en compte du handicap dans l'ensemble des réflexions. Mais il ne se
substitue pas aux mails (tous ne vont pas sur Internet) ni aux échanges de
courrier et aux discussions directes(13). Restreindre à l'outil internet peut
conduire à confisquer la débat au profit de des activistes informatiques
Le site doit contribuer à récapituler les pratiques et restituer
l'histoire de la pratique collective (21)
Rappel : proposition de créer sur le site une rubrique "çà
marche"(11) avec des expériences particulièrement positives, à mettre en
exergue.
Des pages sur le site qui soient des lieux d'expression critique sur
des questions essentielles pour l'éducation des citoyens . par ex une page
d'expression critique sur l'information (11), de débat sur la reconnaissance
des personnes en situation de handicap par l'ensemble des approches développées
au sein de RECIT (13), ces pages étant animées par les groupes correspondants.
De nouvelles rencontres : oui, mais selon quelle périodicité ?
Plusieurs groupes ont évoqué de nouvelles rencontres. Mais faut il organiser
des rencontres nationales chaque année, avec 2 ou trois rencontres régionales
(20) ou plus espacées afin de ne pas sur-solliciter les acteurs (22)
Les acquis des rencontres ne peuvent fructifier que par une réflexion
décentralisée (16) Il est possible dès maintenant, dans certaines régions,
d'organiser une mise en réseau et des réflexions régionales, comme l'a
entrepris le Nord-Pas de Calais. Il ne s'agit pas de monter des structures
lourdes, mais de permettre aux réseaux régionaux de s'interconnecter et de
créer des synergies (4).
Ces réseaux régionaux peuvent être constitués autour de rencontres
régionales ou locales (20).
Il est proposé de développer des groupes de parole locaux (20), groupes
informels de 10 à 20 personnes, qui s’organisent par eux-mêmes pour mieux
comprendre le monde, développer la cohérence entre leur pensée et leur action,
et organisent pour cela des temps d’autoformation, de réflexion commune.
Une réflexion est nécessaire pour faire parler les expériences en
termes de sens, de méthodes, de représentations. Un groupe de lecture des
récits d'expériences et de dialogue avec elles permettrait de relier les
pratiques et la réflexion. Il faut ce faisant interroger les pratiques en
termes de cohérence (13) et de réalisation concrètes (22)