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On trouvera ci-après un texte de Patrick CLERC, co-fondateur de l'école ouverte des Bourseaux formateur et actuellement responsable de la formation continue dans le Val d’Ose  . L’auteur s'y exprime «avec ses tripes» à la suite et dans la ligne de  l'article de Bruno MATTEI  publié dans la présente rubrique . Le texte de Patrick CLERC  entre également en résonance avec celui de Raymond MILLOT publié après le FSE .


CO-ERRANCE OU COHERENCE :

l’urgence d’un choix éthique/philosophique/politique

  

Voici ce que je retiens des formulations de Bruno MATTÉI:

 1- « « La culture commune » appliquée au collège, mais pas seulement au collège, concerne donc les valeurs à partager pour apprendre et exister sans exclure et sans s’exclure. »

 2- « …Ce qui renvoie à la primauté et à l’exigence d’un travail de transformation des mentalités, de transformation de nos manières d’être et de penser, de nos ethos éducatifs et politiques. Cette transformation personnelle et collective me paraît être la condition d’une transformation sociétale et éducative à la hauteur des défis actuels. Ne pas l’envisager dès maintenant revient à affaiblir considérablement ce qui a pu ponctuellement s’élaborer par ailleurs de pertinent pour secourir le " moribond ". »

  3- « …Au contraire, pour parvenir à « construire la paix » dans des « écoles créatrices d’humanité » pour reprendre l’expression de Pestalozzi, et donc pour s’approcher du principe régulateur de cet « idéal commun », il me semble qu’il faudrait faire lever une nouvelle génération de compétences que je qualifierais volontiers pour ma part de dispositions ou « compétences éthiques ». Des compétences pédagogiques éthiques que l’on pourrait décliner de trois façons qui correspondent aux trois invariants de tout acte d’enseignement/apprentissage :

- une compétence à « créer du lien éducatif » (axe de la relation)

- une compétence à « apprendre et réussir ensemble » (axe didactique)

- une compétence à « créer de la communauté éducative » (axe institutionnel)

On imagine bien alors que ces dispositions d’ordre éthique doivent donner lieu à des auto-co-formations de la part des formateurs/éducateurs pour pouvoir être transmises et infusées dans les apprentissages scolaires. »

  

La cohérence dont je parle s’incarne dans l’ « apprendre à exister sans exclure et sans s’exclure ».

Et je suis convaincu qu’il y a urgence à mettre en oeuvre ce « travail de transformation des mentalités , de transformation de nos manières d’être et de penser => de nos éthos éducatifs et politiques ».

 Je crois que c’est d’ailleurs la première condition pour éviter ce « flottement », cette co-errance qui nous guette si nous ne réagissons pas.

 

Comme j’ai tenté de l’indiquer lors de mon intervention au colloque, c’est de notre responsabilité :  nous, le collectif composé tel qu’il est – parce que si ce ne sont pas les personnes ,les réseaux, les mouvements qui sont signataires de ce collectif, alors qui ???- de construire les conditions de cette transformation.

 

Il nous faut alors inventer notre propre fonctionnement en cohérence avec les « idéaux » que nous portons : «  sans exclure et sans s’exclure ».

Comment accompagner un débat d’idées pour que la pédagogie même de son accompagnement puisse servir de nouvelles façons de penser ? Mieux, pour que de ce débat naissent de nouvelles grilles de lecture du réel, de nouveaux paradigmes nous aidant, intellectuellement, à penser cette transformation.

 

Ces « auto- co-formations » sont , à mon sens , le nœud de notre problématique.

Les « dispositions » énoncées en trois points par Bruno devraient nous inspirer pour inventer des fonctionnements de collectifs. Et je nomme bien « dispositions » et non « compétences », car ce terme est pour moi déjà suspect : penser en terme de compétences induit des organisations, des relations inter personnelles, des types d ‘évaluations qui construisent des valeurs (les font vivre au quotidien) aux antipodes de mes aspirations.

Et si je prends cet exemple, c’est bien parce que je suis convaincu qu’il faut interroger d’urgence nos pratiques (pédagogiques ,sociales, politiques…).

Je pense que les transformations s’opèrent dans un va et vient avec les pratiques – le recul sur ces pratiques ( réflexivité, dit on ? pourquoi pas… ) – compréhension pour décider de transformations au regard d’objectifs , d’idéaux clairement énoncés pour être partagés.

 

Alors en vrac …. Ces processus de  transformations individuelles et collectives pourraient donner à réfléchir sur

- l’organisation hiérarchisée de notre système qui voudrait du « travail en équipe » et qui démultiplie les échelons hiérachiques – sans exclure et sans s’exclure ?????- : une forme de pensée verticale, d’échelons ou de cases (ou de classes), avec sa kyrielle  d’incidences : mérite, homogénéité, sexismes, racismes….

Là ,il y aurait de la cohérence à chercher……

 

- la formation initiale qui conforte , par son modèle de transmission, la représentation que chacun s’est construite de l’acte d’apprendre au cours de ses années d’études de la maternelle à l’université. Mais, formation initiale qui incite de plus en plus nos jeunes collègues à s’engager dans un modèle constructiviste, interactionniste des apprentissages…..

Là, il y aurait de la cohérence à chercher…..

 

- la formation continue qui s’offre sous forme de catalogue ( quand elle existe !) et qui induit , par ce fait, des pratiques individuelles dans une logique d’offres et de demandes, où les demandes sont traduites par « d’autres qui décident » en logique de besoins : on ( nous les formateurs) sait de quoi les enseignants ont besoin….Où est la logique citoyenne, coopérative qui engagerait « chaque un » et en interaction avec les Autres-un dans une dynamique de recherche –action sur ses pratiques transformant ainsi, petit à petit, son rapport au métier, à la création, à l’invention ( on ne va pas dire « innovation », là encore ça risque d’être piégé !)

Là, il y aurait de la cohérence à construire…..

 

Et si je ne parle pas de « formation commune », « d’école – collège unique » , de la « transformation des pratiques pédagogiques » dans la classe, ce n’est pas par désintérêt… certes ,ceci est important ; mais nos pratiques quotidiennes d’être-humain-inventant-son humanitude-au-jour-le –jour ( et donc à chaque seconde dans la classe quand on est professeur), sont peut être essentielles à repenser.  

 Janvier 2004

          Patrick CLERC                           

 

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