POUR UNE SCOLARITE REUSSIE POUR TOUS ET POUR   CHACUN JUSQU'A 16 ANS ET……AU – DELA

Contribution de Jean-Louis AUDUC

 

Il est de tradition en France d’accuser le collège de tous les maux, comme si un diagnostic sur des difficultés ressenties à ce niveau ne pouvait se concevoir qu’en observant l’immédiat sans s’interroger sur l’amont et en faisant fi de toutes les données qui irait à l’encontre du postulat « politiquement correct » dans la France des années 2000 : Le collège est le responsable de tout .Cela va bien à l’école primaire ……

Mais, plus que le responsable, le collège d’aujourd’hui n’est-il pas « l’enregistreur » de difficultés fortes déjà présentes. Un « enregistreur qui se défend plutôt bien….

 

Qui en France, à l’inverse d’ études parues dans d’autres pays européens , a mis en lumière le fait que l’enquête PISA de 2001, menée auprès des élèves de 15 ans dans 32 pays révélait pour la France une remarquable homogénéité des résultats à l’inverse d’autres pays qui étaient classés avant elle , mais avec beaucoup d’élèves laissés au bord du chemin, prix à payer selon l’enquête PISA pour l’existence de très très bons élèves en nombre important : « Les résultats français sont peu dispersés :on y trouve moins de mauvais élèves et moins de bons élèves que dans les autres pays. C’est un effet du collège unique qui s’efforce de conduire toute une génération dans les mêmes classes jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire » ( 1) ?

 

Qui s’est interrogé parmi les responsables, sur les résultats publiés en avril 2003 par la D.P.D du ministère de la jeunesse, de l’éducation et de la recherche concernant les évaluations en 6e et en 5e ? ( 2 )

A l’entrée en 6eme , juste après leur scolarité en primaire « les élèves scolarisés en ZEP ont en moyenne, aux tests d’évaluation des compétences,  un taux de réussite inférieur de 12 points en français et de 14 points en mathématiques par rapport aux élèves scolarisés hors ZEP/REP » ( 3 ).

A l’entrée en 5e , après un an de collège, « les élèves scolarisés en ZEP ont en moyenne un taux de réussite inférieur de 8 points en français et de 11 points en mathématiques par rapport aux élèves scolarisés hors ZEP/REP » ( 4 ).

En un an de collège, les écarts entre élèves scolarisés en ZEP et élèves scolarisés hors ZEP/REP ont donc diminué de 4 points en français et 3 points en mathématiques . Ce n’est pas négligeable……

 

S’OCCUPER DE L’AMONT , POUR UNE ECOLE PRIMAIRE NE LAISSANT PAS DE JEUNES AU BORD DU CHEMIN

 

L’école primaire doit faire face aux défis de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour tous.

L’évaluation nationale au début du cycle 3, à l’entrée en CE2, montre bien les difficultés d’un certain nombre d’élèves.

La classe de CE2 est devenue aujourd’hui une classe très importante en terme de nouveaux apprentissages à acquérir et de ruptures par rapport à l’organisation et aux contenus du cycle 2. Les remarques développées à l’occasion de l’évaluation des compétences à l’entrée en CE2 ( 5  ) montrent un certain nombre de compétences non développées par les élèves en français et en mathématiques : «  Trouver le lieu d’un événement non donné explicitement par un texte ; trouver, par déduction, l’objet d’une affiche ; (….) ; orthographier correctement un nom ; savoir construire des phrases syntaxiquement correctes (…) Les scores sont moins élevés en mathématiques quand il s’agit de produire une réponse et de la justifier ainsi que d’analyser une situation et d’organiser une démarche . » ( 5 ) 

On retrouve ce même type de difficultés mis en lumière dans l’évaluation des compétences des élèves à l’entrée en 6e : « Les items les moins réussis ( en français) sont ceux pour lesquels l’élève doit justifier sa réponse en s’appuyant sur le texte ou le support proposé (….) Difficulté pour les élèves entrant en sixième d’utiliser des substituts variés, de segmenter leur texte en paragraphe ou d’exercer leur vigilance orthographique sur les textes qu’ils produisent ( ….) On constate , en mathématiques, une moindre réussite dès que les élèves doivent mettre en place une stratégie s’appuyant sur leur propre représentation mentale plutôt que sur un support clairement identifié ». (6)

Relever cela, ce n’est pas mettre en cause les enseignants du primaire, c’est simplement montrer que les difficultés ne démarrent pas au collège et que toute réforme de celui – ci ne peut faire l’impasse sur ce qui est exigible des élèves rentrant en classe de sixième.

Faire l’impasse sur un tel problème, c’est mener une politique de l’autruche , rendant le collège responsable de maux qu’il ne fait que recevoir, alors qu’il n’a pas dans ses finalités et ses objectifs à reprendre totalement l’apprentissage de toutes les compétences de base qui doivent être acquises pendant l’enseignement primaire.

Une telle affirmation ne signifie pas que les enseignants du collège n’ont pas à se préoccuper de poursuivre un certain nombre d’apprentissages fondamentaux non totalement acquis, mais ils n’ont pas à reprendre à la base, toutes les notions fondamentales qui doivent être acquises en fin de cycle 2…..

 

POUR UN COLLEGE ENFIN STABLE !

 

Situé entre l’école élémentaire et le lycée, le collège français est un « modèle hésitant  » ( 7 ) . L’hésitation s’est traduite par une instabilité générale de l’école moyenne en France, puisque celle-ci n’a connu pas moins de 6 réformes en 20 ans ! C’est – à – dire , en clair, qu’aucune réforme n’a pu aller à son terme et être rigoureusement évaluée puisqu’un tel dispositif nécessiterait au minimum six ou sept ans de mise en œuvre dans les collèges pour qu’on en voit sérieusement les conséquences, car une réforme concernant l’ensemble du collège met au minimum cinq ans pour concerner toutes les classes du collège….

Il faut cesser de se perdre en querelles stériles opposant ceux pour qui la moindre différenciation dans le cursus du collège aboutit au rétablissement de filières et ceux pour qui la solution à tous les maux, se trouve dans la multiplication des dispositifs et des structures.

S’il y a bien une leçon à retenir des diverses tentatives de réformes proposées ces dernières années, c’est que toute réforme du collège ne peut se concevoir seule et doit nécessairement impliquer une articulation meilleure entre le lycée professionnel et le collège.

Le collège doit donner les mêmes repères, les mêmes savoirs et savoir faire à toute la classe d’âge, en étant un collège pour tous et pour chacun, c’est-à-dire en diversifiant les modes d’apprentissage, les démarches , les parcours et en refusant l’uniformité.  

Revaloriser la voie professionnelle, c’est d’abord prévoir les moyens que la liaison collège – lycée professionnel soit au cœur des réflexions sur les classes de 4e et de 3e et non une réflexion subalterne.

Pour les élèves en difficulté, en phase de démotivation et de décrochage, ne vaut-il pas mieux les orienter dans la voie professionnelle dès la classe de 4e , plutôt que de les laisser, sans projet cohérent, dans des classes « généralistes » ?

Est-il crédible pour l’image du lycée professionnel et du collège que dans une académie comme Créteil , le jour de la rentrée 2003, 3745 élèves de collège ayant demandé une affectation en BEP et en CAP ne soient pas affectés ….La grande majorité de ces élèves va être « réorientée » en 3e de collège pour y être « assignée à résidence » pendant un an dans l’attente d’une hypothétique affectation l’année suivante. De tels choix ne peuvent que favoriser la démotivation, le décrochage chez les élèves…..

Pas étonnant qu’en contre-exemple qu’il serait utile de méditer, l’académie de Rennes qui connaît le plus fort pourcentage de bacheliers dans  une génération ( 74% contre 62,5% en moyenne en France) , qui a le plus fort taux de scolarisation des 16/24 ans , doit selon un rapport de l’Inspection Générale de 2000 ses succès au fait « que les collégiens de cette académie redoublent davantage en fin de cinquième, sont plus souvent orientés vers une quatrième ou une troisième technologique , maintenues dans les lycées professionnels, contrairement aux recommandations nationales. »    

      

 

QUELLES METHODES POUR QUELLES REFORMES ?

 

Ce qui a caractérisé toutes les réformes du collège  mises en place depuis quinze ans, ce sont deux éléments qui les « plombaient » d’avance :

-  la réforme démarrait et était quasiment imposée aux collèges les plus en difficulté et ne faisait l'objet d'aucune « ardente obligation » pour les établissements accueillant les élèves des milieux les plus favorisés. Une telle politique discréditait la réforme, réduite aux yeux des familles à un dispositif réservé à « certains enfants » et accroissait l’écart entre les établissements. La réforme ne pouvait dès lors que s’étioler…….

-  On commençait à réformer la 6e, puis la 5e, puis la 4e, puis la 3e…. sans que dès le départ de la réforme soit précisément définie les cadres, les contenus, les modalités d’évaluation prévus au terme du collège . Résultats :  Un « flou » permanent contribuant à l’incompréhension des familles sur l’organisation de la totalité du collège ;  l’impossibilité pour les enseignants de construire sur la durée du collège….  Et surtout….de telles réformes n’ayant pas clairement défini leur point d’arrivée , perdaient chaque année en cohérence et étaient abandonnées avant même d’avoir effectivement atteint l’année terminale du collège …..

L’enjeu est donc de définir d’abord le point d’arrivée du collège, les finalités que tous par des voies diversifiées doivent atteindre à l’issue du collège, les articulations pédagogiques, institutionnelles avec le lycée professionnel tout au long du cursus du collège, basées sur la valorisation de la voie professionnelle, filière de formation à part entière du CAP au BTS, et non sur le mépris de l'enseignement professionnel conçu le plus souvent comme un « récupérateur » d’élèves en échec de longue durée au collège.

Il est d’ailleurs sans doute utile de s’interroger sur le fait qu’un des éléments de réussite du lycée professionnel tient sans doute au fait que les enseignants d’enseignement général de L.P. sont bivalents….. 

Le collège doit donc préparer à une orientation voulue et réussie, ce qui implique de :

-  valoriser effectivement la voie professionnelle en faisant de la culture technologique, un élément de la culture générale ;

-  un réel travail d’équipe de toute l’équipe éducative. Il faut que l’élève sente une unité de tous les adultes de l’établissement pour mieux le mettre en situation d’apprentissage.

Le collège ne doit pas être une structure uniforme sur ces quatre années, mais il doit s’inscrire dans un processus visant à permettre une meilleure réussite des jeunes issus de familles défavorisées , ce qui implique de travailler attentivement à ce niveau les relations école – familles.

Le collège doit être plus transparent , ne pas être réservé à quelques initiés. Les parents issus des milieux défavorisés doivent mieux y avoir leur place pour mieux comprendre son fonctionnement, ses missions, ses objectifs et ne pas en rabattre sur les potentialités de leurs enfants. Une enquête menée à la rentrée 2003 montre, en effet, que « 71% des ouvriers sont favorables à une orientation plus précoce au collège contre seulement 37% des cadres supérieurs » ( 8 )    

 

Il serait d’ailleurs utile d’en finir avec l’hypocrisie qui consiste chez un certain nombre de décideurs, de politiques, de syndicalistes à se faire les tenants du collège unique pour les autres enfants et à réserver  à leurs enfants, des collèges « publics » traditionnels conservant de vraies filières et des classes « réservées ». Aux yeux des familles, un tel comportement ne peut avoir comme seule signification de conforter l’idée que le « bon » collège est le collège le plus « filiarisé ».  ……..

 

 

POUR UNE CONTINUITE EDUCATIVE DES ENSEIGNEMENTS ET DES ENSEIGNANTS

 

Les conditions de recrutement des enseignants ne sont pas satisfaisantes. Pour mieux articuler l’école primaire, le collège et le lycée professionnel, technologique ou général, il serait sans doute préférable d’organiser le métier enseignant autour des fonctionnalités des postes et des missions à exercer :

«   Le concours de professeur des écoles  pourrait se passer avec deux options possibles :

-  maternelle : avec nomination dans les classes de maternelle ;

-  polyvalence : le recrutement et la formation pourraient être axés sur l’apprendre à lire – écrire – compter et l’enseignant recruté serait affecté du cours préparatoire ( CP) au cours élémentaire deuxième année ( CE2) .

Le CAPES  pourrait lui aussi avoir deux options :

-  enseignement dans deux, voire trois disciplines dans certains cas : regroupement de disciplines littéraires ou de disciplines scientifiques . Ces personnels pourraient enseigner du CM1 à la classe de 4e de collège.

-  enseignement dans une seule discipline pour enseigner de la classe de 3e de collège à la Terminale. » ( 9 ) 

 

JEAN –LOUIS AUDUC

Directeur – adjoint IUFM de Créteil

 

( 1 )     Etude de l’OCDE ( Organisation de coopération et de développement économique) de décembre 2001, citée par le journal « Libération  » du 7 janvier 2002.

( 2 )    Note d’information 03 – 20 de la Direction de la programmation et du développement ( DPD) du Ministère de la jeunesse, de l’éducation et de la recherche : L’évaluation des compétences des élèves de 6eme en septembre 2002 . Avril 2003.

 Note d’information 03 – 21 de la Direction de la programmation et du développement ( DPD) du Ministère de la jeunesse, de l’éducation et de la recherche : L’évaluation des compétences des élèves de 5eme en septembre 2002 . Avril 2003.

( 3 ) Note d’information 03 – 20, op. cité….

( 4 ) Note d’information 03 – 21, op. cité…..

( 5 )    Note d’information 03 – 19 de la Direction de la programmation et du développement ( DPD) du Ministère de la jeunesse, de l’éducation et de la recherche : L’évaluation des compétences des élèves de CE2 en septembre 2002 . Avril 2003.

( 6 ) Note d’information 03 – 20, op.cité…..

( 7 ) Pour reprendre l’expression de Jean-Michel LECLERCQ dans L’enseignement secondaire obligatoire en Europe. Paris . La Documentation Française. 1993.

( 8 ) Observatoire des Parents d’élèves  PEEP – ANACOM. Septembre 2003.

( 9 ) Les institutions scolaires et universitaires  Jean-Louis AUDUC  Nathan Université . Paris. 2001.