Participation de la fep-CFDT

 Le texte ci-dessous est écrit par la Fep-CFDT : Fédération de la formation et de l’enseignement  privés CFDT. Publics ou privés, les collèges  connaissent tous des difficultés et les personnels enseignants sous contrat avec l’Etat, associés au service public, veulent contribuer au débat général.

  

« Pour un débat national sur le collège unique »

 

L’illusion de l’unicité du collège

Un peu partout, le collège est un lieu de tension et source de malaise. Des enseignants sont inquiets, manquent de formation, d'accompagnement. Certains jeunes sont agressifs, violents, démotivés parce qu'en révolte ou désabusés, nombre d’entre eux vivent des problèmes familiaux et ils sont encore trop nombreux à sortir de l'école sans qualification.

Pourquoi aujourd'hui en sommes-nous là ? Inutile de s’appesantir sur les analyses sociologiques constamment répétées : le collège unique n'a pas effacé les effets des inégalités sociales, il renforce même souvent l’inégalité scolaire. Parents, enseignants, tout le monde sait aujourd'hui que derrière ce « collège pour tous » se cachent les disparités de parcours d'échecs et de réussites. Au lieu d’inventer un collège pour tous, il s’est contenté de réunir en un seul lieu des modes de scolarité antérieurement distincts et très différents et de leur appliquer à tous le seul modèle du « petit lycée » que constituaient les classes de premier cycle des anciens lycées, réservées de fait à une certaine catégorie sociale.

Les classes « allégées », « d'aide » ou de « soutien » aident certains élèves à se réinvestir dans l'école mais elles sont loin d’être suffisantes, et ne peuvent que partiellement combler un déficit que l’école concourt elle-même à creuser. Les quatrièmes et troisièmes technologiques répondent partiellement elles aussi à des besoins de diversification pédagogique, mais elles contribuent également à masquer l'échec de la formation au collège.

 

Difficulté des adolescents à donner du sens à leur scolarité

Les évolutions sociales extérieures au système scolaire contribuent également aux difficultés actuelles. Le collège ne représente plus pour nombre de jeunes, pour certains parents également, un vecteur d’intégration, voire de promotion sociale ; la majorité des jeunes vit dans un monde de consommation , dans un univers télévisuel dans lequel règne le modèle de la réussite individuelle, rapide et souvent artificielle. Face à cela, l’école peut représenter pour beaucoup un contre-modèle bien peu attractif, avec ses exigences de rigueur, de laborieux apprentissages.

Le découpage disciplinaire, à l’image du lycée, concourt à cette difficulté. Il a du sens pour celui qui, suffisamment avancé, peut en comprendre à la fois la logique et la limite, et peut s’en échapper pour faire les liens nécessaires avec les autres disciplines, les faisant ainsi concourir à une connaissance globale de l’objet étudié. Mais quel sens cela peut-il avoir pour un enfant puis un jeune adolescent, comme l’est un élève de collège ? La journée d’un élève se résume souvent au passage, cinq ou six fois par jour, d’un univers disciplinaire à un autre sans qu’il puisse entrevoir à quoi cela peut servir. La perspective d’études longues, engendrée souvent et soutenue par la famille, peut permettre d’endurer cela… mais le cas est loin d’être général et on retrouve là encore un clivage social souvent dénoncé.

Parallèlement, les adolescents sont porteurs d’un certain nombre de questions et ils ne trouvent pas au collège de lieux pour les poser, encore moins pour y trouver des clés de déchiffrement et des pistes de réponse : sur la vie et la mort, sur le suicide et les conduites à risque ; autour de la sexualité et de la construction de la personnalité ; questions sur la violence et l’exclusion sociale, sur les inégalités entre pays et sur la guerre, sur l’environnement et le saccage de la planète, etc.

Le débat entre tenants de l’instruction et tenants de l’éducation est un faux débat : il ne peut y avoir d’instruction sans conception éducative sous-jacente, autant l’expliciter et assumer toute la dimension éducative que véhicule l’acte d’enseigner. On ne saurait accepter que l’école se limite à transmettre des savoirs supposés neutres et du coup dépourvus de sens pour le jeune, et que celui-ci n’ait d’autre solution que de se tourner vers les média et/ou la pensée conforme de sa « bande » pour construire ses propres réponses aux questions qu’il se pose. L’école, et en particulier le collège, doit permettre au contraire à chacun d’utiliser les outils intellectuels et critiques qu’il y acquiert pour débattre avec les jeunes de son âge et les adultes de ses propres questions, et découvrir aussi qu’elles ouvrent sur d’autres questions qu’il ne pouvait se poser jusque là, faute d’outillage justement.

 

Des enseignants sans repères

Les enseignants sont formés et payés pour transmettre des savoirs et du coup sont fragilisés, car ce qu’ils offrent aux jeunes ne correspond manifestement pas à l’attente de ces derniers.  Certains peuvent se réfugier dans la nostalgie et du coup l’amertume (« les élèves d’aujourd’hui ne savent plus rien », « n’ont plus le goût d’apprendre »…), regrettant que tous les élèves ne désirent pas être aussi bons dans la discipline qu’ils enseignent qu’eux-mêmes l’étaient quand ils étaient élèves.

Mais beaucoup d’enseignants ressentent autrement ce décalage et voient bien qu’il faut enseigner d’une autre façon. Dans le foisonnement d’innovations et d’expériences pédagogiques que l’école n’a cessé de produire, nombre de projets se sont révélés productifs, ont permis à des élèves en échec de retrouver le goût d’apprendre, à des jeunes en déshérence de se reconstruire. Mais les métiers de l’enseignement (et pas seulement celui de l’enseignant) sont en constante évolution, les attentes qui pèsent sur eux, explicites ou implicites, sont de plus en plus diverses, voire contradictoires : celles des jeunes, des familles, de la société, du monde économique, de l’état.

L’enseignant doit être un spécialiste de sa discipline, un pédagogue et un didacticien. Il doit s’adapter à tous les publics et, les prenant là où ils sont (et ils sont partout…) les amener jusqu’au point d’aboutissement requis par les programmes. Mais où a-t-il appris tout cela ? Et où peut-il continuer de l’apprendre ? L’enseignant doit être l’animateur de sa classe et un éducateur des jeunes qu’il a en face de lui, et ce d’autant plus que la société reporte sur l’école ce qu’elle ne peut faire elle-même. L'indiscipline, l'insolence, l'irrespect des jeunes entre eux comme vis à vis des adultes, les incivilités multiples envahissent le vécu des enseignants et rendent plus pressante cette tâche d’éducation ; mais la chronicité de ces comportements  fait souvent percevoir en même temps cette tâche comme impossible. La définition du service enseignant ne prend en compte que l’heure devant élèves, comme si pour accomplir toutes ces missions, les enseignants et plus généralement l’équipe éducative n’avaient pas besoin de temps commun, d’évaluation collective, d’accompagnement extérieur souvent.

 

L’accumulation des réformes, si pertinentes que soient certaines, ne remet pas en question le modèle actuel du collège, dont chacun voit la limite : du coup ces réformes demeurent peu mobilisatrices. Certaines d’entre elles cependant sont porteuses d’avenir, comme les IDD. Elles demandent une autre façon d’enseigner, et relèvent d’une autre conception du savoir, mis en situation et en perspective. Mais, si nous avons soutenu sans réserve ce projet, il n’en reste pas moins que son articulation avec le reste des cours par ailleurs inchangés pose problème, que l’accompagnement et la formation nécessaires, ainsi que les moyens horaires, ont été insuffisants. Un bilan approfondi reste à faire.

 

  

PROPOSITIONS

 

Responsabilité du politique

Il  est  indispensable  que  des  choix  politiques  clairs  définissent  la  place  exacte  du collège dans le système éducatif et lui assignent des objectifs propres. C’est la responsabilité du pouvoir politique et il doit l’assumer. C'est une fois ces objectifs définis que les professionnels devront inventer les différents itinéraires adaptés et permettant à chacun d'y parvenir. Cette définition claire des objectifs est prioritaire, car c’est l’objectif qui donne sens à la démarche, aux différents itinéraires que les jeunes seront invités à emprunter, comme autant de moyens permettant à

chacun d'acquérir cette culture commune.

 

Donner du sens aux apprentissages

Loin d’un empilement d’enseignements disciplinaires, il faut mettre l’acquisition des savoirs en perspective et pour cela partir des questions des élèves et des préoccupations qui sont les leurs. Les itinéraires de découverte et autres parcours croisés vont dans la bonne voie mais ne sont pour l’instant qu’un « plus » à côté d’un système inchangé. Il faut inverser cette proportion et faire de ces nouvelles façons d’apprendre le centre du système, l’apprentissage disciplinaire apparaîtra alors pour ce qu’il est : le détours nécessaire pour l’acquisition des outils intellectuels utiles à la recherche menée.

Un certain nombre de questions peuvent ainsi entrer de plain pied dans le contenu de l’enseignement, celles dont on déplorait plus haut qu’elles en soient absentes car elles ne peuvent se réduire à l’étroit cloisonnement disciplinaire. Il ne s’agit pas démagogiquement de réduire le collège à un « café philo light », il s’agit plus ambitieusement d’apprendre aux élèves à produire du savoir problématisé, à découvrir au travers de cette démarche l’exigence de la discipline intellectuelle, et aussi le plaisir d’avancer dans la compréhension du monde et des autres.

 L’enseignement ne peut alors se réduire au face à face pédagogique qui laisse l’enseignant seul face au groupe classe. Il faut au contraire parler d’élaboration collective d’un projet d’étude, impliquant les jeunes autant que l’équipe éducative. Autant dire que l’acte d’enseignement lui-même implique l’apprentissage de comportements et de valeurs constitutifs de la vie sociale et de la citoyenneté : débat, argumentation, respect de l’autre, apport individuel à une œuvre collective.

 

Un collège pour chacun et pour tous

Un tel collège peut être un collège pour tous. L’actuel collège favorise un certain type de processus mental et de culture, en phase avec les couches sociales qui justement ont produit ce type d’enseignement. Le collège souhaité doit au contraire mettre en œuvre l’ensemble des formes d’intelligence et doit permettre ainsi à chaque élève, quelle que soit son origine sociale et sa configuration particulière, d’y trouver sa place (sauf à penser que la répartition de l’intelligence épouse les clivages sociaux !…)

Le collège est une étape essentielle dans l'orientation du jeune. Le collège doit trouver sa place dans le système éducatif, comme le terme de la scolarité obligatoire, et comme le socle permettant parfois d’entrer dans la vie active, en général de continuer différents types d’études, voire de les reprendre par la suite. Autant dire qu’il ne doit plus se définir comme l’introduction au lycée général.

 

Aujourd’hui quelques  jeunes en rupture avec le monde scolaire, continuent de vivre leur scolarité dans des lycées agricoles ou des lycées professionnels dans des 4èmes et 3èmes technologiques. Ces dispositifs ont permis à nombre de jeunes de sortir de l’exclusion de fait dans laquelle ils se trouvent. En attendant que de nouveaux parcours de remédiation soient développés et expérimentés nous ne souhaitons pas casser ces dispositifs qui ont permis à ces jeunes d’acquérir des savoirs et des compétences. .

Dernière étape d'une scolarité commune, le collège doit permettre à tous les élèves

l'acquisition d'une culture commune qui permette à chacun de trouver sa place dans

la société, de la comprendre et d'y être acteur. Cette culture reste à définir, mais si elle est commune, elle doit nécessairement intégrer le principe de la diversité et du dialogue comme élément essentiel de la confrontation et du rapprochement des valeurs. C’est un des principes essentiels de la citoyenneté.

 

Développer la citoyenneté

Le collège doit continuer à aider le jeune à découvrir et à exercer sa liberté et sa responsabilité de futur citoyen, conditions indispensables de l'accès à une véritable autonomie. Au  travers de règles qui organisent cette liberté, l'élève doit se sentir concerné par les décisions qui engagent les différentes collectivités auxquelles il appartient, à développer des qualités de tolérance et d'ouverture à l'autre. L'élection des délégués élèves et le développement des comités de collégiens dans les établissements vont dans ce sensIl faut également  renforcer l'importance des heures de vie de classe en lien avec l'éducation civique et plus généralement tout ce qui peut favoriser l'apprentissage de l'autonomie et de la responsabilité nous semble indispensable. 

Tout ceci à tous les niveaux dans le collège, peut se faire en lien avec la réflexion sur de grandes questions du monde actuel : de lutte contre le racisme, de  développement de la planète, de consommation, de religion, d’éducation…

  

Une formation des enseignants adaptée

Le métier d'enseignant est aujourd'hui en pleine mutation ; l'hétérogénéité des élèves et les nouvelles pratiques pédagogiques en collège demandent des compétences nouvelles qui doivent être définies et clarifiées afin de répondre aux inquiétudes des enseignants et à leurs demandes de formation tout au long de la vie.

Le travail en équipe, sur projet ou en interdisciplinarité nécessite une formation très adaptée qui fait encore défaut. De plus, le tutorat ou l’accompagnement  des nouveaux professeurs est un gage de réussite pour les trois premières années d’enseignement.

Un véritable droit à la formation doit permettre aux futurs enseignants, d'être bien dans leur métier et d'y rester. Cette formation professionnelle, initiale et continue doit garantir les meilleures conditions d'exercice de leurs métiers, leur permettre d'acquérir les compétences nécessaires pour l'assurer au mieux de l'intérêt des apprenants et leur évite les difficultés relationnelles dans leur travail.

 

Fep-CFDT