Relation maître élève,
facteur d’efficacité de l’enseignement et de
l’éducation
par A. NICOLAS
Ce site ne proposant pas de forum, je souhaite par des exemples très simples décrire deux modes possibles de relation entre un maître et ses élèves et les réflexions qu’ils suggèrent. J’espère ainsi éclairer un vocabulaire qui peut paraître hermétique à certains parents et à tous les grands-parents.
Il faut bien évidemment, ne faire aucune comparaison entre l’éducation dispensée par un père ou une mère de famille et celle d’un professeur face à 25 élèves issus de milieux sociaux et culturels différents, de niveaux scolaires différents souvent , d’âges différents aussi (2 ans de retard au lycée du fait des redoublements n’est pas rare).
C’est avec cette diversité que les enseignants doivent faire acquérir le plus possible de connaissances communes et faire accepter un mode de vie compatible avec une société démocratique.
Par facilité, et par expérience, sur un sujet non polémique, ces exemples portent sur une leçon traditionnelle, dans la plus petite classe d’une école élémentaire traditionnelle.
Ils ont pour but d’aider les lecteurs non initiés (c’est normal) au jargon pédagogique, et
qui doivent avoir du mal à se faire une opinion.
En effet, sur la page intitulée « les facteurs d’efficacité du système éducatif » de Monsieur le Professeur J.P. Boisivon, on peut lire : « …répondre par la diversité et la créativité à l’extraordinaire hétérogénéité et à l’extrême complexité des situations pédagogiques concrètes …une modification substantielle de la relation entre le maître et l’élève…moins de temps consacré à la délivrance du message académique, davantage de temps dévolu à son élaboration, à sa mise en forme pédagogique … »
Tandis que sur les critiques de la page réservée aux programmes ECJS, l’auteur s’interroge sur certains termes des instructions officielles tels que : s’approprier le savoir, le savoir reconstruit, la recherche collective, savoir vivre ensemble, différence entre argument et préjugé …etc
Méthode
active – Entre autoritarisme et laisser-faire
On peut se demander comment il peut y avoir « passivité » pour un élève qui étudie, et
c’est l’un des premiers termes qui prête à confusion .
Les méthodes actives ne sont pas récentes, elles ont été initiées par un instituteur Célestin Freinet, qui avait été gravement blessé au cours de la première guerre mondiale . Impressionné par ce qu’il avait vécu, il a alors imaginé d’ autres façons d’enseigner que celle basée sur la parole du maître.
Les enseignants qui défilaient dans la rue, au mois de juin en attribuant 20/20 à Jules Ferry avaient oublié, sans doute, que son école était inspirée de celle des Jésuites. Elle fonctionnait bien et avait formé de vaillants soldats pour la colonisation et la reconquête de l’Alsace - Lorraine. Il n’en a pas été de même ensuite. Les instituteurs ont été accusés de n’avoir pas suffisamment insufflé l’esprit patriotique à leurs élèves et ainsi précipité la défaite de 1939.
Mais
revenons à Célestin Freinet. Il était instituteur d’une classe rurale unique
(CP, Certificat d’Etudes) donc hétérogène du point de vue scolaire. Son génie a
consisté à faire travailler seuls les élèves par des fichiers autocorrectifs,
à organiser le monitorat et à mettre en relation les écoles entre-elles par la correspondance écrite qui
devenait le motif de certains apprentissages. Il
existe un site internet qui relate les activités dans deux classes Freinet.
Bien
qu’enseignées dans les Ecoles
Normales d’instituteurs, les techniques
Freinet ont été peu pratiquées dans les écoles primaires et secondaires (sauf dans des écoles que l’on
peut qualifier de « différentes ») . * Un
annuaire de ces écoles publiques ou
privées (sous contrat et hors contrat)
maternelles, primaires et secondaires existe également : écoles
Decroly, Cousinet , Montessory, Steiner qui élaborent leur projet avec
l’adhésion et l’implication des parents.
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L’hétérogénéité des classes secondaires induite par le Collège Unique et la volonté
de mener 80% d’enfants au Baccalauréat semble remettre à l’honneur ces méthodes.
Je ne présente pas un exemple de classe Freinet , mais des tentatives de méthodes actives que j’ai pratiquées sur des leçons traditionnelles dans des classes traditionnelles CE1, CE2, CM1, CM2.
La méthode naturelle d’apprentissage de la lecture qui part d’un désir (suscité) de communication de l’enfant autre que la parole est sans doute inspirée de cette recherche de la motivation comme facteur de réussite . Je ne l’ai jamais pratiquée, mais en étudiant ne serait-ce que la première page d’un manuel, je me demande si les auteurs ont bien pris conscience de la diversité du vocabulaire des enfants de 6 ans . Un même manuel est-il possible à Selle –sur-Cher et à Saint-Denis ? Ne faudrait-il pas là une liaison entre la Maternelle et le CP, afin de s’assurer que les enfants ont tous un capital commun de mots. Cela n’empêchant pas une méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture mais en évitant d’utiliser au début des mots qui n’ont pas de sens pour eux et viser avant tout le mécanisme . Je ne veux pas dire non plus qu’il faudra en rester là et ne pas enrichir leur vocabulaire par des moyens concrets à chaque fois que cela est possible.
Exemple . Leçon : règle générale du pluriel des noms
Classe : fin de CP ou début CE1
(Il est bien entendu qu’on pose comme condition préalable que les enfants savent tous au minimum déchiffrer et donner un sens à des mots simples ; sinon ce n’est pas possible ).
Méthode dite passive ou
traditionnelle :
Le maître écrit au tableau, lit et fait lire la règle : Les noms communs prennent généralement un « s » au pluriel .Il donne un exemple et il explique ce qu’est un nom commun par rapport à un nom propre, ce qu’est le singulier et le pluriel. Les enfants sont invités à répéter.
Ensuite, le maître donnera plusieurs exemples. Enfin, les élèves auront un exercice du genre : mettre au pluriel les noms suivants.
On peut se dire que c’est très bien et qu’il est inutile de chercher autre chose. Il est très probable qu’après quelques répétitions les élèves sauront mettre un « s » au pluriel des noms.
La démarche suivante a une portée supplémentaire du point de vue éducatif.
Méthode active (je précise encore qu’ elle porte sur une leçon traditionnelle. La méthode Freinet est beaucoup plus complexe, l’organisation de la classe et de l’école aussi).
J’ écris au tableau une liste de noms communs (personnes, animaux, choses) , dans un premier temps, j’évite brebis, souris, perdrix, chapeaux, on verra les exceptions plus tard) avec leur déterminant (article, adjectif possessif, adjectif numéral etc..). Je demande aux élèves de les classer dans deux « boîtes », c’est à dire de les écrire dans deux grands cercles portant une étiquette avec un seul mot. Les enfants ne savent pas où je veux en venir, je n’ai pas donné de titre à la leçon ; par contre les consignes sont précises. Ce n’est pas un jeu, c’est un travail de découverte.
F. a mis dans une boîte les noms de personnes et les noms d’animaux, et dans
l’ autre les noms de choses. La consigne étant une étiquette avec un seul mot, il est bien embarrassé avec sa première boîte. Je lui demande de chercher encore, mais je lui fais écrire au tableau ce qu’il (elle) a trouvé. Son erreur va servir.
C. qui est surdoué(e) et qui ne peut jamais avoir des idées semblables aux autres a mis dans une boîte les noms de personnes d’animaux et de plantes et dans l’autre les autres
choses . Il (elle) a du mal aussi avec les étiquettes mais la démarche est correcte, les consignes sont respectées. On lui fait recopier son travail sur un grand papier avec des étiquettes en blanc,
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on s’en servira plus tard pour la notion sur le vivant. C’est une chance d’avoir C. dans la classe. d’habitude les surdoués (es) sont gênants (es).
Dans l’ensemble, les enfants ont trouvé ce qu’on voulait qu’ils trouvent, ils ont écrit « tout seul » et « plusieurs ou beaucoup » dans les étiquettes, ils ont bien classé les noms.
Pendant ce travail de découverte (bien modeste), je ne suis pas restée à mon bureau, j’ai circulé, pointé du doigt une erreur, demandé de réfléchir mais n’ai jamais donné la réponse.
Ensuite, je fais venir des élèves au tableau pour qu’ils écrivent ce qu’ils ont trouvé. Plusieurs élèves défilent rapidement, il ne faut pas dormir. (ni les élèves, ni moi)
La mauvaise réponse de F. étant au tableau, les enfants vont devoir critiquer son travail, pour lui faire découvrir son erreur (critique pour aider, pas pour démolir), argumenter leur choix en s’adressant à leur petit(e) camarade (pas au maître ). Le maître n’est pas absent . Si
la critique n’est pas fondée, il sollicite d’autres avis .A la fin de cet exercice, F. a trouvé son erreur, il (elle) retourne à sa place, content(e) de lui (d’elle).
Je demande si C. a bien respecté les consignes, ce n’est pas évident. On ne pourra sans doute pas trancher alors on s’en occupera un autre jour. (ce n’est tout de même pas une classe sans maître). Les enfants resteront sur leur faim, tant mieux , certains peut-être chercheront à résoudre seuls le problème (cela c’est l’ambiance active de la classe qui leur en donné le goût, le maître n’est pas là pour servir tout sur un plateau, on cultive le goût de l’effort).
En tout cas, ils réclameront certainement qu’on s’y intéresse car ils seront intrigués (motivation) .
Je reviens à
mon sujet .Je donne alors le nom des étiquettes. Les enfants ne peuvent pas le
trouver, cela fait partie de l’héritage culturel. Le maître guide,
parfois il est guidé mais il a un but.
On demande de bien regarder la différence d’orthographe. Etc ..etc.
On entre dans une recherche collective mais on a bien soin de veiller à ne pas laisser les plus vifs monopoliser la parole, on évite la classe bavarde.
On termine bien sûr par un exercice écrit, et bien écrit, c’est indispensable.
On peut évidemment se demander pourquoi cet exercice.
Pour l’avoir pratiqué pendant des années, je peux assurer que le « vivre ensemble », l’atmosphère de la classe si l’on préfère, est très agréable. Les enfants y prennent tous du plaisir et travaillent selon leurs possibilités. Il n’y a pas les bons devant qui écoutent et retiennent pendant que les mauvais derrière dorment ou chahutent, ils s’entraident.(dans le jargon professionnel, ils se socialisent)
Les enfants observent, comparent, classent, déduisent, émettent des règles. Ils s’approprient le savoir.
Pour pratiquer cette méthode, il est évident qu’il ne faut pas avoir peur de se mettre en difficulté parfois, il faut éviter la classe bavarde, les sujets qui ne mènent nulle part, mais le maître ne perd pas son autorité qui se manifeste d’une autre façon puisqu’il est un guide. (un
guide en haute montagne, c’est indispensable)
Là aussi, je citerai un exemple, dans une classe de CM2 de la circonscription de l’éducation nationale du 20ème art de Paris dans les années 70 . (toute la circonscription expérimentait, maisje précise que ce n’est pas moi qui ai mené cette « leçon ». Des séances d’information et de démonstration entre les écoles permettaient de connaître ce que tentaient les uns et les autres. Excellente formation continue où l’on prenait ou rejetait ce qu’on voulait)
Le sujet était anodin mais d’actualité. La présentatrice de télévision Anne-Marie Peysson venait d’avoir un bébé et l’heureux événement était commenté dans les journaux. Des coupures de différents journaux ayant été distribués et analysés par les élèves (je passe le récit du déroulement de ce travail mais il était mené dans le même état d’esprit que celui décrit ci-dessus), les élèves ont déduit qu’on ne pouvait être certain que de peu de choses . Anne-Marie
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Peysson avait eu une petite fille et elle s’appelait Margot. Tout le reste n’était qu’enjolivement littéraire auquel on ne pouvait pas ajouter foi puisque cela variait d’un article à l’autre. On avait créé une attitude critique (dans le bon sens du terme) face à l’information.
Quand il ne sert à rien d’interdire
Quand il ne sert plus à rien d’interdire et qu’on n’a pas les moyens d’empêcher, il ne reste plus qu’à impliquer.
Troisième et dernier exemple. Les élèves piétinaient la terre qui entourait les quelques malheureux arbustes de notre cour de récréation et l’intervention des maîtres de surveillance était inefficace et épuisante.
J’ai eu l’idée (elle ne m’est pas venue tout de suite, je le confesse) d’acheter des oignons de tulipes que les élèves ont plantés eux-mêmes (chacun sa tulipe, c’est important) A partir de ce jour, ils n’ont plus piétiné la terre, c’était « leur chose ».
J’espère avoir réussi à démontrer qu’on peut essayer d’imaginer d’autres méthodes que celles auxquelles nous sommes habitués. Ce n’est pas une potion magique, et il est évident que ces techniques seules ne valent rien sans la qualité des «personnes » qui les appliquent. Il y faut un certain état d’esprit, ne pas avoir peur des élèves, miser sur la confiance et ne pas craindre d’être mis soi-même en difficulté.
La pédagogie décrite ci-dessus n’est qu’un tout petit pas vers une école différente . Pour l’enrichir et l’adapter aux situations, il convient que les établissements puissent avoir une certaine autonomie (décentralisation), un projet pédagogique élaboré par une équipe avec un Chef d’Etablissement responsable, le soutien et l’implication des parents.
Au niveau de l’Enseignement secondaire, ce nouveau mode de relation est une remise en question du rôle du professeur dans l’enseignement de certaines matières.(pas toutes sans doute) Les itinéraires de découvertes vont les obliger à travailler en équipes pour des matières qui interfèrent. Il n’y aura donc plus un maître sûr de son savoir dans sa matière face à des élèves attentifs mais un guide qui aidera les élèves dans la recherche d’un savoir. C’est certainement une autre philosophie pour des adolescents dont l’école n’est plus la seule source d’information .
L’Education Civique est donc mise au programme du lycée (Elle l’ était dans les années 40 …Je me souviens d’avoir appris la constitution que nous nous récitions pendant l’intercours sur l’air de la chorale que nous venions d’avoir, car cela ne nous intéressait pas du tout !). Par contre, je ne l’ai jamais enseignée, ni vu enseigner à l’Ecole élémentaire. La Morale oui, sous la forme de pédagogie passive ou active.
La
position du professeur telle qu’elle est indiquée par les instructions
officielles va sans doute être délicate si les élèves n’ont pas été habitués à confronter leurs points de vue
dès les petites classes et cèdent à leurs impulsions affectives, voire passionnelles
.
Il va falloir beaucoup d’honnêteté intellectuelle et de retenue pour ne pas imposer sa propre opinion face à des élèves de familles totalement différentes, éviter les dérives, dégager un consensus. Je salue le (la) professeur qui parviendra à rapprocher le jeune garçon musulman qui exige que sa sœur porte le voile et la jeune fille branchée, en rébellion contre sa famille, qui exhibe son nombril orné d’un percing . Mais ce n’est pas en éludant le problème qu’on le résoudra, et c’est une nouvelle tâche pour l’Ecole de rassembler les membres de notre société qui pour l’instant s’affrontent dans les défilés et manifestations.
Comme elle avait réussi à être le ciment de la République, espérons qu’elle y réussira afin d’éviter l’emprise d’une religion ou d’un pouvoir totalitaire. Si elle ne le faisait pas, qui d’autre pourrait le faire ? Toutefois, je pense et je répète qu’ elle aura besoin de l’appui des parents de bonne volonté.
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En dépit d’un
système hypercentralisé, certains établissements originaux ont réussi à se
créer par ce système coopératif parents, élèves, enseignants.
J’espère en tout cas avoir convaincu que la méthode active est démocratique ; elle demande la participation des élèves, mais le maître ne perd pas pour autant son autorité personnelle (certainement d’ailleurs mieux reconnue par les élèves). La méthode d’enseignement et d’éducation qui repose uniquement sur la parole du maître est autocratique voire parfois totalitaire. Elle n’est sans doute plus adaptée .
En responsabilisant les élèves, en les habituant à rechercher eux-mêmes, l’information dont ils ont besoin, on peut penser qu’ils pourront acquérir de meilleures connaissances. En leur faisant reconnaître et accepter leurs erreurs, ils formeront leur esprit scientifique.
Cela pour l’enseignement.
En les faisant s’entraider, on peut espérer qu’ils seront plus nombreux à être des adultes plus civiques et plus responsables . C’est à dire plus respectueux des autres et moins assistés.
A. Nicolas
(idole123@aol.com)