Contribution au colloque 


par Francis REYNÈS


  J'ai trouvé votre adresse électronique dans le n° de juillet de Valeurs mutualistes à la fin de l'article consacré au collège.     

J’enseigne depuis 15 ans au collège d'Arcachon. Ce n'est pas une zone défavorisée mais il ne faut pas croire pour autant que c’est idyllique et, si ce le fut, cela ne l’est plus, loin s’en faut !

En 15 années j’ai pu suivre l'évolution et elle est fort inquiétante. Je suis professeur de Mathématique et je dois attirer l'attention sur le fait que cette discipline est unique en son genre : à la fois par ses concepts et ses méthodes elle est en rupture avec tout ce qui se fait ailleurs, y compris dans les sciences dites dures qui ne le sont que parce qu'elles peuvent utiliser les mathématiques à leur profit, en tant qu’outil...

Il faut vraiment une forme d'esprit particulière pour avoir envie et être capable de jouer le jeu de la mathématique. Vouloir l’imposer à tout le monde est, à mon avis, stupide, dangereux, irresponsable. En faire un instrument de sélection à une niveau d'études non spécialisées est ridicule et scandaleux. Depuis une dizaine d'années nous recevons en classe de 4è un nombre croissant d'élèves totalement incapables de suivre le programme (assez dément) théoriquement imparti à cette classe : le cours de math est pour eux au mieux un ennui profond, au pire une véritable torture.

On fait ensuite passer ces élèves en 3è pour qu'ils puissent quitter le Collège le plus vite possible. On constate qu'au fils des ans de tels élèves désapprennent littéralement le peu qu'ils pouvaient savoir. Avec le barème totalement démagogique qui sévit au brevet on arrive à donner 7/20 à un candidat qui ne sait quasiment rien après quatre années (au moins) d’études ! Alors je dis : halte à l’hypocrisie, arrêtons le massacre !

A l'entrée en 4è il devrait y avoir deux options : l'une pour ceux qui peuvent et veulent faire des maths ; avec 18 élèves et quatre heures par semaine et en réaxant les programmes sur des concepts fondamentaux (égalité, proportionnalité, fonctions, statut des objets mathématiques, mesure exacte, etc.) on pourrait faire du bon travail.

L'autre pour ceux qui sont allergiques : pour ceux-là, inutile d'aggraver leur malheur en les gavant contre leur gré ! Un horaire allégé et un programme nettoyé de toute technique inutile : qu’ils n’oublient pas ce qu'ils savent serait déjà un premier objectif. Qu’on fasse du qualitatif (qu’on leur raconte un peu l'histoire des maths, par exemple) de façon à ne pas les éxclure définitivement : ainsi , le jour où ils en auront vraiment besoin ou envie, ils pourront s’y remettre  il faut évidemment prévoir cette éventualité.   

.............

       Francis Reynès       

  f6reynes@club-internet.fr