Actes du colloque sur le collège unique du 13 décembre 2003 

à l’IUT de St Denis 

 

LE COLLÈGE UNIQUE, OUTIL DE  PROMOTION COLLECTIVE


ACCUEIL ET REMERCIEMENTS

     Le Directeur de l’IUT de SAINT-DENIS souhaite la bienvenue aux nombreux participants et exprime son attachement au collège unique,  source de démocratisation du système éducatif,  à condition d’éviter toute orientation sélective précoce  et tout retour à des filières. Il se réjouit d’ accueillir  ce colloque dans les locaux de l'IUT.   

         Au nom des organisateurs du colloque (1) Francine Best   remercie vivement Jean-Marie GOURDON, Directeur de l’ IUT de St Denis et remercie non moins chaleureusement la Mairie du XIII ème arrondissement de Paris,  son maire,  la maire-adjointe aux affaires scolaires qui ont accueilli la conférence de Presse en Juin ainsi que les multiples réunions préparatoires,  dans les meilleures conditions que l’on puisse espérer.     

                                                  

 QUI SOMMES-NOUS ?

                                                                                                                                                                                    

Tous et toutes, ou presque, que nous en soyons ou non les représentants,  faisons partie    de mouvements pédagogiques  et de syndicats divers. 

…mouvements pédagogiques « anciens », comme l’AFL, les CEMEA, l’ICEM-pédagogie Freinet, les CRAP(Cahiers Pédagogiques), la Ligue de l’enseignement, le GFEN, ou  « nouveaux  » comme  l’ OZP, l’ECE,  PRISME et /ou de réseaux comme RECIT, le Café pédagogique et bien d’autres (2) . Que ceux que j’omets de citer veuillent bien m’excuser.

Tous et toutes sommes POUR des politiques éducatives de progrès,  pour des politiques reconnaissant la pédagogie comme nécessaire à la réussite de tous et de chacun.  Nous pensons qu’une transformation de l’école est possible.

C’est là le sens même de notre présence à ce colloque.  

 

  

PRÉAMBULE

 

    Depuis la période qui a précédé les élections présidentielles,  les appels à débattre de l’école,   de l’ensemble du système éducatif,  se sont multipliés, comme le montre l’appel dit des Vingt et un (3), ces vingt et unes personnes qui sont nos amis et dont nous réalisons le vœu, en quelque sorte.

Par ailleurs, le débat national animé par Claude Thélot est venu « d’ en haut », certes,  mais on peut espérer qu’ il correspondra à notre volonté de débattre de l’avenir de l’école .                 

 

Quelle est, dès lors, notre position par rapport au débat national qui se déroule actuellement dans les établissements

Nous sommes des précurseurs puisque,  dès le mois d’avril 2003, Raymond MILLOT  lança l’idée d’un débat appelant le processus suivant :

 

1° Un appel à contributions écrites (MERCI aux nombreux auteurs des textes que vous avez pu lire sur le site créé et tenu par l’un des organisateurs) 

2°Une conférence   de presse (elle a eu lieu en JUIN dernier et a permis de créer le collectif responsable du colloque ainsi que des différentes phases qui l’ont précédé et qui le suivront .)

3° CE colloque, qui doit nous permettre de discuter, de réfléchir ensemble, « in vivo », de faire des propositions pour rendre  l’école plus juste, plus équitable, plus démocratique  .

 Certes un colloque ne peut suffire à faire ce travail de réflexion collective. Aussi ce colloque n’est il pas un point final mais un moment privilégié pour relancer nos échanges et notre réflexion commune.

 

Pour résumer notre position par rapport au débat national, disons que nous nous considérons comme ces ONG amies qui organisent des débats en parallèle et parfois en complémentarité avec les grands sommets internationaux  comme Davos ou d’autres . Nous souhaitons, de plus,  que les actes de ce colloque soient versés au débat national.     

 

 

POURQUOI LE THÈME DE CE COLLOQUE: LE COLLÈGE UNIQUE?

 

 Est–ce parce qu’un numéro récent du Monde de l’éducation titrait : « le collège unique,  autopsie d’un échec  » ?

 

Certes non, car nous sommes ici un certain nombre à avoir vu, évalué des collèges qui fonctionnent bien, où les élèves réussissent un parcours convenant à leurs intérêts, où l’attachement à « leur » collège est bien réel. Selon les traits spécifiques des territoires où ils se trouvent, les collèges offrent des « visages » bien différents ! Quand acceptera-t-on la diversité en France, ? Quand cessera-t-on les généralisations hâtives ?                                        

Au reste l’idée même du collège unique est restée inachevée, puisque le rapport de Louis Legrand, dont l’ensemble donnait de vraies fondations au collège unique est resté quasiment lettre morte. On le regrette aujourd’hui ! Notre colloque pourrait être dédié à Louis Legrand !

 

Cependant, définir le collège comme le « maillon fragile » de notre système éducatif n’est pas faux : «  coincé » entre l’école élémentaire et le lycée, lieu de rencontre de préadolescents et d’adolescents, donc de personnes qui traversent une période difficile, ; obligatoire pour tous mais phase capitale d’orientation scolaire  fonctionnant comme outil de sélection, voire de ségrégation, le collège peine à dire sa spécificité . Quels sont ses objectifs propres ? D’ autant que le collège doit assurer la continuité avec l’école élémentaire mais aussi ouvrir les portes du ou plutôt des lycées. !

Le collège se trouve en état de « double  bind ». Des concepts contradictoires le définissent, comme le faisait remarquer récemment Elizabeth Bisot, vice –présidente de l’OZP.

Continuité/Spécificité, mais sans rupture brutale avec l’école qui le précède ou avec le lycée qui le suit caractérisent le collège

Unité /Diversification, mais sans « filièrisation », et sans éclatement constant en groupes marqués par l’enfermement dans les disciplines ;

Homogénéité/hétérogeneité des élèves et des niveaux scolaires ;

ces couples de contraires scandent les thèmes que nous vous proposons pour travailler sur le collège ; ces concepts n’ont pas à être abolis mais doivent plutôt nous aider à faire surgir des propositions nouvelles.         

Finalement le nœud de l’affaire est de trouver, de construire un équilibre dans ce mouvement dialectique qui va de l’unicité à la diversité,  du même au différent, de la mixité sociale à la personnalisation……….                                    

Tout cela est difficile mais non impossible et la démocratisation du collège, la promotion de chacun et de tous les élèves (ce qui est l’objectif des pédagogues que nous sommes),  passent par l’effort et la réflexion pour assumer et dépasser, sans les nier, ces contradictions.

Il y va de l’avenir du collège,  d’un collège soucieux de la réussite des élèves, soucieux, aussi, de la restructuration de la personnalité qui se vit à la préadolescence et à l’adolescence.

 

C’est à ces difficultés que notre réflexion, notre travail de ce jour (mais qu’il est impossible de terminer ce soir) doivent s’atteler.

Quelles transformations imaginer pour que le collège unique et démocratique advienne vraiment ? Nous devons tenter de faire des propositions pour le court terme, le moyen et le long termes . A court terme deux dangers, et non des moindres, menacent le sens même du collège unique : le retour à une «filièrisation» déguisée si des classes entières sont formées d’élèves vivant l’alternance entre l’école et l’entreprise (qui, en soi, est une démarche intéressante) ; l’énorme régression qui consisterait à restaurer un palier d’orientation en fin de classe de cinquième.

 

Le débat national officiel ne pose pas directement les problèmes du collège Il nous appartient de les poser ; il est urgent d’instaurer,  d’imaginer les voies d’une authentique démocratisation du collège, d’examiner les dispositifs existants que nous estimons intéressants pour que le collège serve la promotion de tous et de chacun. et soit effectivement un outil de  promotion collective.

                                                                           Francine BEST                  

  

(1)      Francine BEST, Elisabeth BOURGAIN, Rolande MILLOT, Jean-Pierre BENICHOU,                     

        Henri CHARPENTIER,  Patrick CLERC,   Raymond MILLOT,  Jean ROUCOU.

(2)  Abréviations :

AFL :  Association française pour la lecture ;

Cemea :  Centres d’entraînement aux méthodes

                 d’éducation active ;

Icem :    Institut coopératif de l’école moderne ;

Crap :    Cercles de recherche et d’action  pédagogique ;

Gfen :    Groupe français d’éducation nouvelle ;

Ozp :       Observatoire des zones prioritaires ;

Ece :     Ensemble, changeons l’ école ;

Prisme:  Promotion des initiatives sociales en 

                  milieux éducatifs ;

Récit :   Réseau des écoles de citoyens

   (3)  Manifeste pour un débat public sur l’école Ed La Découverte 2002.