Atelier 1
Des collÈges
uniques qui rÉussissent
et font rÉussir
par
Francois-Régis GUILLAUME & Didier BARGAS (OZP)
L’ARGUMENT
Voici le texte qui précise l’angle d’attaque
spécifique de l’un des ateliers de la problématique : " Le
collège unique, outil de promotion collective, quelle excellence ?
"
Le
collège unique n’est pas en lui-même la source des difficultés et insuffisances
réelles de l’école actuelle. Malgré ces difficultés et insuffisances, il est
souvent le lieu de la réussite et même parfois de l’excellence, y compris dans
des collèges de ZEP.
Beaucoup
de partisans du " collège pour tous " ont concédé trop
facilement soit que le collège actuel n’avait rien d’un collège unique, soit
que ce collège fonctionnait très mal. Les critiques progressistes ou
innovantes, adressées au collège actuel en raison de ses insuffisances, sont
récupérées, dans la polémique actuelle, par ceux qui sont prêts à en accentuer
les aspects ségrégatifs . Dans cet atelier, nous montrerons sur la base de
témoignages que :
1)-Il existe des collèges
situés en ZEP, avec un environnement social très défavorisé, qui obtiennent de
très bons résultats scolaires
2) La violence engendrée par
l’environnement peut être limitée et les " perturbateurs "
intégrés.
3)Les adaptations
nécessaires ne conduisent pas à diminuer les exigences cognitives, bien au
contraire.
Nous
essayerons aussi, au passage, d’identifier quelques unes des conditions qui ont
rendu possibles ces réussites, d’autres ateliers traitant plus spécifiquement
de ces conditions :
- Une équipe de direction
sachant écouter, mobiliser et fixer clairement les grands objectifs éducatifs à
atteindre
-Une conception large du
métier d’enseignant, incluant la dimension éducative, l’implication dans la vie
de l’établissement et la conviction que tous les "élèves sont capables de
réussir.
-Des initiatives
pédagogiques innovantes, valorisant la diversité des compétences et des
talents.
- Des relations ouvertes et
confiantes entre les familles et l’école et des projets réalisés en partenariat
avec le milieu environnant.
F-R. G. & D. B.
certaines contributions ont été proposées par des personnes mais
sont en fait des positions d’association de syndicat ou d’établissement d’où
les mentions (ICEM, SGEN, groupe " des 21 ", Collège Mallone, Ainés Ruraux, CFDT privé,
DECLIC 38…)
DISPOSITIFS
– CONDITIONS DE REUSSITE
Ce qui a trait aux structures, à l’organisation interne du collège a été collecté dans
… 38 contributions dont 3 en faveur d’un retour aux filières
La notion d’ « école fondamentale » est présente dans de nombreux textes qui rappellent que le collège fait intrinsèquement partie de la scolarité obligatoire.
La définition ou redéfinition des missions de l’école obligatoire reste
implicite dans la majorité des contributions .Mais les finalités de la scolarité obligatoire sont souvent explicitées : il s’agit, pour chaque élève, de posséder les savoirs, comportements, compétences constituant le socle d’une culture commune et le bagage indispensable à la vie d’adulte personnelle et citoyenne, socle qui ne doit pas être défini par les seules exigences du lycée (Dubet)
Il est nécessaire de repenser le système globalement, de le réorganiser en assurant la continuité entre l’ École élémentaire et le Collège. (Le Boulch, Ainés Ruraux, Badiou, Hervé, ICEM, SGEN, Petit, Meirieu, Favey, les 21,) On parle même d’un « collège polytechnique » pour tous (ICEM) ou d’une scolarité définie en termes de cursus continu, sans le barrage des âges (SGEN)
Dans cet esprit et à court terme la liaison CM2/6ème doit être notablement renforcée (Beau, F.Clerc, Auduc,) Sont proposés des cycles comportant 1 an de plus à l’école élémentaire, un an de moins au collège(Hervé) ou encore la circulation des professeurs entre école et collège (Petit)
La plupart des contributions refusent le recours aux redoublements
(Monjo, les 21, Foucambert ). Cette affirmation est nuancée par la notion de cycles (Hervé)lesquels peuvent être allongés de quelques mois, ou encore par un éventuel redoublement au CM2 pour consolider les acquisitions de base (Ainés Ruraux).
Aucune sélection, aucune bifurcation ne doivent exister au collège
(Dubet, Finlande, Monjo, Foucambert SGEN, Favey).
L’ orientation doit se faire en fin de troisième et pas avant (Monjo, les 21). Toutefois elle peut être proposée en fin de classe de quatrième pour les « décrocheurs » sous la condition de terminer la 4ème (Beau).
Un tuteur ou adulte référent suit les élèves pendant plusieurs années pour envisager le problème de l’orientation avec chacun des élèves (Ott).
Flexibilité, souplesse des divers dispositifs sont les maîtres mots de l’organisation du collège :
-remise en cause de la notion de classe (Monjo)
-parcours et contenus diversifiés( Clerc, Auduc)
-cycles permettant des durées souples pour les apprentissages ;
-temps de stage intensif sur une discipline (Foucambert)
Il s’agit, dans tous les cas de figure, d’accueillir tous les enfants dans leur diversité (Favey),de ne pas arraser les différences )
Pour ce faire,il est souhaitable de limiter le nombre de disciplines, à tout le moins de revoir leur place dans le cursus, d’ avoir des exigences de transdisciplinarité (George, Meirieu) d’allonger le temps consacré aux projets pluridisciplinaires (Zarka)
La plupart des contributions s’accordent
pour
préférer une géométrie variable des
groupes d’élèves à l’organisation standardisée en classes
immuables :
Cette
nouvelle organisation permettrait de dissocier classes d’âge et phases d’apprentissage
(ICEM)Pour réaliser ce but, il serait sans doute nécessaire de s’inspirer des
expérimentations réalisées, d’ aller vers une
organisation semblable à celle des collèges innovants et ou à celle
que propose le « rapport Legrand », comportant
des groupes hétérogènes, comme des groupes d’ancrage (Masson) ou de référence (George)
des groupes de tutorat (Masson, George, Hervé, Millot) comprenant un adulte référent durant plusieurs années ( Ott),
des groupes sur projet ou pour stage intensif (Foucambert),
des groupes homogènes :
groupes de besoin, pour le renforcement d’un apprentissage précis, (Masson, George Malonne),
des groupes de niveau (ICEM), d’approfondissement (Meirieu)
SOUTIEN, REMEDIATION
La refondation du système, le concept d’
Ecole Fondamentale, en modifiant dispositifs, contenus, démarches modifieraient les
données du problème .
IL n’en reste pas moins à envisager l’organisation d’un soutien personnalisé par le tutorat, d’une remédiation aux difficultés d’apprentissage par la mise en place ponctuelle de groupes de besoins, par la diversification des modes d’apprentissage (Auduc) La, connaissance de chaque élève (Védrennes, Bourgain), le suivi individualisé (Meirieu, SGEN, Védrennes, Beau, Jolivet) l’ usage des arbres de connaissance ( Le Deuff) sont nécessaires à un soutien et à une remédiation qui ne soient pas ségrégatives. Cependant l’existence de classes relais en 3ème (Beau) n’est pas récusée,à la condition que subsiste la possibilité de reprendre une scolarité normale (George).
L’ autonomie de l’établissement est l’une des conditions pour qu’existent des dispositifs variés et pour permettre la mise en œuvre d’un projet d’équipe adapté à son public, équipe qui soit vraiment responsable de l’organisation, de la pédagogie,des modes d’évaluation .
Les collèges doivent être de taille humaine
et comporter de 300 à 5OO élèves au maximum.
La mixité sociale est hautement souhaitable mais ce problème reste ouvert, voire explosif.
Il faut maintenir la carte scolaire(DUBET) diversifier l’offre ( par exemple organiser des pôles d’excellence dans les secteurs sensibles) ;
les familles doivent se sentir partenaires du collège.
Pour obtenir un tel partenariat, il est nécessaire
-d’ instituer le dialogue (Masson, Auduc, les 21),
-de multiplier les contacts individuels et collectifs (Jolivet) d’organiser des dispositifs d’écoute (Zarka),
-d’associer
les parents à l’effort éducatif et à la vie de l’établissement (Jolivet, Aînés
ruraux), à la mobilisation sociale autour de l’école (Cottonet) d’organiser des
« chantiers parents/professeurs » (Meirieu).
IL faut aussi élargir les équipes pédagogiques aux autres professionnels de l’établissement, aux travailleurs sociaux, éducateurs, musiciens, acteurs etc… et aux mouvements pédagogiques (les 21, SGEN, Favey),
Ces élargissements doivent être en symbiose avec le territoire (Bourgain), s’ancrer dans l’environnement.
Il
y a des collèges uniques qui réussissent.
Cet atelier a rassemblé 12
personnes dont un principal, un proviseur (membre de la FOEVEN), une élue,
un professeur d’IUFM, 2 enseignants membres de l’ICEM, un inspecteur général
etc.
L’atelier a travaillé sur
l’exemple d’un collège de Seine Saint Denis (le collège Fabien à Montreuil).
La transformation de ce
collège est décrite par celui qui fut son principal de 1988 à 2003. le
contraste entre la situation à la rentrée 1988 et les progrès réalisés à la
rentrée 2003 résument la réussite de ce collège. En 1988, il n’y avait plus que
315 élèves et la fermeture du collège était envisagée. En fin de CM2, on
constatait une fuite massive de tous les élèves n’appartenant pas aux
catégories sociales les plus défavorisées. Quinze plus tard, le collège a
retrouvé non seulement les élèves de son secteur, mais il accueille aussi des
élèves du centre ville.
Quelles
actions ont abouti à ces résultats ?
D’abord, une mobilisation,
avec l’appui de la municipalité. C’est un regard extérieur, celui
d’un organisme d’étude municipal (le Centre d’études sur la société française),
avec Jean Yves ROCHEX, qui produit un diagnostic crédible, partagé par toute la
communauté éducative, évitant les mises en accusation.
L’objectif étant de sortir
du ghetto et de faire venir les élèves, mais aussi les enseignants qui
fuyaient, il a fallu changer l’image du collège d’abord auprès des enseignants
des écoles du quartier et créer des pôles d’excellence.
La municipalité a accepté de
créer une classe musicale à horaire aménagé (C.H.AM), progressivement à
tous les niveaux. Un autre pôle a été la création d’une section de latinistes
en 6ème, s’inscrivant dans une action plus générale sur la maîtrise
de la langue. Des stages communs ont rassemblé enseignants de CM2 et de 6ème,
avec un formateur ayant une culture 1er et second degré, ils avaient
montré l’intérêt d’un détour par le latin. Ils ont aussi créé une véritable
continuité entre l’école et le collège. Ces pôles ont été valorisants pour les
enseignants et ils ont attiré des élèves du centre ville.
Les pôles d’excellence
auraient pu diviser le collège. La revalorisation des structures de soutien
ainsi que les modalités d’affectation des élèves et des enseignants l’ont
évité.
Le collège a créé toute la
gamme des structures pour l’accueil des élèves qui ne peuvent suivre les
classes ordinaires . Mais on a fait en sorte qu’aucune de ces structures ne
soient un lieu de relégation : des passerelles permettant de revenir dans
ces classes ou débouchant sur des orientations positives en Lycée
professionnel.
La CPPN a été transformée en
classe d’aide et de soutien, des classes de 3ème et 4ème
technologique ont été créées, une classe d’accueil pour les non-francophones,
une unité pédagogique d’intégration (UPI), une classe relai et enfin un
" sas de décompression ". Ce sas pour 6 élèves maximum pour
une durée de 6 semaines et pour une partie de l’horaire est géré par une
instance de régulation : ces élèves cessent de perturber leur classe et
trouvent la possibilité de se " récupérer ". Au passage, on
signale que l’instabilité des structures officielles pour les élèves en
difficulté et les changements incessants de dispositifs (la suppression des
classes technologiques) ne facilitent pas la mobilisation.
Ces structures sont
perméables : il existe des activités transversales, communes à tous les
élèves, tous ont accès à des activités valorisantes. La classe d’aide et de
soutien fait un travail commun avec les classes musicales etc. A tout niveau,
pas de culture au rabais : dans un milieu stigmatisé socialement, on a
choisi dans tous les domaines des activités socialement valorisées : le
golf plutôt que le football ou en musique l’opéra.
Pour les langues vivantes,
on a fermé l’allemand 1ère langue et on a diversifié les
LV2 :allemand, espagnol, italien, arabe,
chinois. Les professeurs de langue étrangère sont aussi professeurs de
langue française.
Tout le travail scolaire se
fait au collège.
La gestion des ressources
humaines, à travers l’affectation des enseignants,
l’ambition pour les classes
faibles. Alors que les enseignants fuyaient ou évitaient ce collège, il est
aujourd’hui demandé par des enseignants motivés.
Les pratiques
pédagogiques ? Elles sont en partie induites par les structures qui
favorisent le travail en équipe, et par les stages de formation à l’intérieur
de l’établissement. C’est un objectif commun qui crée la dynamique d’un travail
en équipe et qui donne d’autres repères que la seule réalisation du programme.
Avec un objectif commun, il n’est pas nécessaire de se référer à une méthode
unique.
Les moyens sont répartis de
façon inégalitaire : les classes de latinistes ou de musique ont 30 ou 31
élèves, ce qui dégage des ressources pour d’autres initiatives.
Les indicateurs de
réussite : le taux de passage en seconde, la réussite au brevet, l’absence
de violence.
Le collège est ouvert aux
parents, en particulier aux plus éloignés du monde scolaire : ils ont
été invités à visiter le collège puis à venir dans les classes : 20 à 30
femmes africaines venaient au cours et étaient mieux à même de comprendre ce
que vivent leurs enfants.
On retrouve dans l’exemple
de ce collège les caractéristiques des établissements qui réussissent :
-Le rôle du chef
d’établissement et de l’équipe de direction.
-La stabilisation des
enseignants, et leur mobilisation autour d’un projet fort. Une gestion des
ressources humaines cohérente avec l’objectif de faire progresses ensemble des
élèves socialement très différents.
-Des objectifs ambitieux
Le plus intéressant est le
caractère complémentaire des pôles d’excellence et des structures de remédiation,
qui évite les effets pervers habituels des uns et des autres.
En conclusion, oui le
collège unique peut faire progresser tous les élèves. !
François-Régis GUILLAUME