Atelier 3

Quels contenus ? Quelle évaluation ?

Animation : Jean-Michel  ZAKHARTCHOUK  (CRAP-Cahiers Pédagogiques)

  L’ARGUMENT  

 Une question fondamentale aujourd’hui est de construire le « socle commun de connaissances et compétences » du collège, ce qu’un élève sortant du collège devrait pouvoir maîtriser, ce qu’il n’est pas permis d’ignorer disait-on déjà à la fin du XIX° siècle,  à la sortie de la scolarité obligatoire.  Bien entendu, cela implique un élagage : qu’est-ce qui n’est pas nécessaire, qu’est-ce qui est secondaire. Et aussi de réfléchir à la conjugaison du fondamental et de l’approfondissement. Le minimum n’exclut pas, au contraire, de travailler à faire progresser tous les élèves au maximum de leurs capacités, dans la mesure où cela ne nuit pas à l’acquisition de la culture commune. Ce qui conduit à la mise en œuvre d’une vraie pédagogie différenciée.

L’atelier pourrait travailler sur ce socle commun :

  - discussion sur ce qui parait à chacun fondamental

  - réflexion sur ce qui ne doit pas apparaître comme fondamental (et c’est bien plus difficile !)

  - pistes pour une évaluation des compétences et connaissances, en donnant quelques exemples d’épreuves terminales ou de contrôle en cours de formation. C’est une entrée essentielle, car en définissant  exigences minimales et niveau d’excellence, pas forcément atteint par tous, on est dans le concret, au-delà des pétitions de principe. L’évaluation diagnostique à l’entrée en sixième peut être un bon modèle de départ.

Le but serait en quelque sorte de dresser le portrait du futur citoyen sortant du collège : que devrait-il savoir et savoir faire ? (par exemple, savoir justifier une opinion sur un sujet relativement simple, exposer oralement cette opinion, savoir lire une page d’un journal populaire, savoir présenter sur traitement de textes une page informative, etc.

Mais se pose là la question des valeurs. Définir le socle commun implique des prises de position : va-t-on « valoriser »  par exemple  la coopération, la capacité à construire ensemble un projet ? va-t-on privilégier le traitement de questions fondamentales du XXI° siècle (conscience écologique, à l’heure des menaces sur la planète ; conscience sociale des nécessités du développement durable ; conscience civique de l’importance de participer à la vie politique démocratique, etc.)

Jean-Michel  ZAKHARTCHOUK

 

 

  CONTRIBUTIONS  

 

 CONTENUS - ENSEIGNEMENTS   

Affirmer la spécificité des enseignements en référence à la notion d’Ecole Fondamentale, nécessite de définir les savoirs de base jugés indispensables à tout individu qu’il poursuive ou non des études. C’est aussi accepter l’idée que, hormis cet équipement de base, les élèves ne soient pas contraints d’acquérir le même corpus de savoir et de savoir-faire ( Dubet, CFDT, les 21, ICEM ) 

Pour définir la place, des disciplines et des enseignements, il est nécessaire  de limiter le nombre de disciplines et de repenser leur périodicité afin

de revoir leur place dans le cursus ( George )

de réduire radicalement les horaires disciplinaires (Zarka )

d’ assouplir les horaires en fonction des projets et des besoins   (Jolivet )

de refondre les programmes (d’aucuns considèrent qu’il faut les supprimer ) (  George, Dubet, Cothonet, Cormier,  Favey )

                                                                                                       

 Ces nouveaux contenus doivent   prendre en compte le savoir minimum nécessaire à tout adulte  (Dubet, Monjo, Petit, Meirieu ),

 développer une culture technologique et professionnelle pour tous, qui soit reconnue en égale dignité avec les disciplines « classiques »  (George, Clerc, Masson, Monjo, Meirieu )

Il serait souhaitable d’introduire le Droit, l’économie sociale et solidaire  ( Masson, Meirieu ), de promouvoir une véritable éducation à l’image ( Masson ) et d’introduire une approche philosophique des problèmes qui préoccupent les jeunes  (Millot) . 

 

Définir une CULTURE COMMUNE apparaît comme une urgence

L’éducation première est un élément de la formation d’une personne, une pierre de l’éducation permanente pour tous. (Minot)Pour qu’elle existe il faut constituer le socle sur lequel peut s’appuyer toute démarche d’éducation, et ce tout au long de la vie ( Le Deuff, Favey, Minot ), donc définir les savoirs et compétences nécessaires à la poursuite d’ études, à  un apprentissage professionnel, à la réalisation d’ un projet (George ) personnel. 

Simultanément, il faut assurer à chacun  les compétences de l’autodidaxie qui permette  la reprise des études (Foucambert Millot)et, à cette fin, organiser l’apprentissage du travail individuel  (Clerc ).

Cette culture commune  humaniste est fondée sur la coopération  (Hervé, OZP, Regnault )

Cette culture commune  est le fruit de savoirs, d’habiletés cognitives, de façons d’être, d’apprendre, de valeurs démocratiques partagées  (Mattéi, Meirieu, SGEN-CFDT) autant que de connaissances.

Cette culture commune est aussi une éducation du citoyen

En incluant les problèmes de société, du vivre ensemble, du devenir de chacun dans le cursus du collège, il s’agit de former aux savoir-faire et  savoir-être indispensables à la construction de la citoyenneté, de favoriser les démarches qui, par la confrontation, par l’objectivation, la documentation, la distanciation, sont de nature à faire émerger une culture commune : projets, moments de débats philosophiques, gestion citoyenne du groupe  ( West, Millot)

 

Il faut rappeler que   l’objectif de l’école fondamentale n’est pas de préparer les enfants au marché du travail (Hirt.)

La détermination du socle commun est commandée à la fois par la notion de savoir minimum, de façons d’être et de valeurs. Elle ne peut  pas être seulement à la charge d’inspecteurs généraux. C’est le travail d’une commission comprenant inspecteurs, enseignants, experts, représentants de la société civile. ( Cothonet )

 

La question de l’EVALUATION pose celle de la certification :dans ce domaine, il paraît souhaitable de   lever l’hypothèque de la certification donc de supprimer le Brevet. (Monjo),à tout le moins de   repenser  le système de certification y compris le Baccalauréat en fonction des objectifs de « l’Ecole Fondamentale » (ICEM ), 

Il convient de généraliser un système par options au lycée afin de ne pas obérer l’enseignement de «l ’Ecole Fondamentale » (ICEM ),

d’ adopter des épreuves non scolaires par exemple un chef d’œuvre artistique, artisanal ( George ),de procéder plus souvent à des évaluations par objectifs et de recourir à des moyens d’évaluation autres que ceux de la certification:

IL faudrait aussi faire des bilans réguliers durant la scolarité  (Meirieu) et lierl’entrée en classe de seconde à un bilan et à un projet personnels (Cormier)   

 

RECOMMANDATIONS ESSENTIELLES :

 halte au rôle sélectif des mathématiques  (Reynès ) !

 halte à l’orientation par défaut  (Reylach ) !

 revoir les critères et relativiser le primat de l’écrit  (George)

prendre en compte les caractéristiques individuelles des

élèves, par exemple leur capacité de mémoire visuelle ou

auditive  ( Brassart )

 prendre en compte la technologie  (George )

s’appuyer à la fois sur une notation concertée des professeurs, explicitée aux élèves et aux parents et sur un dossier présenté en présence du tuteur comprenant des vœux d’orientation  ( Zarka )

 

IL faut ENFIN( !)

  considérer l’évaluation comme une source de formation, aller vers une évaluation formative et formatrice     ( West, Zarka, Malonne )

Pour ce faire on peut recourir aux arbres des connaissances, à  des « panoramas » de savoirs permettant de discerner les compétences individuelles et  de révéler celles du groupe (Le Deuff ),à l' auto-évaluation  (West, Malonne ), à la co-évaluation qui  favorise la responsabilisation des élèves.  ( Malonne )

 

  

  COMPTE-RENDU de l’ ATELIER 3  

 

L’atelier regroupait des enseignants, des chefs d’établissement, des syndicalistes, des membres de mouvements pédagogiques.

Le but était de réfléchir au « socle de connaissances et de compétences » sur lequel devait reposer l’enseignement obligatoire. On pourrait aussi l’appeler «culture commune » (mais est-ce exactement la même chose ?)

Il est facile de multiplier les « priorités » de façon abstraite, mais les querelles commencent au sein du monde éducatif lorsqu’il s’agit de faire de vrais choix, afin de définir ce qui est vraiment indispensable, ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ou de ne pas savoir faire. Ce qui implique de mettre à plat les exigences, de mettre au second plan ce qui n’est pas absolument essentiel (mais qui peut être travaillé, notamment dans le cadre d’une pédagogie différenciée).

Il ne faut pas oublier de toutes façons que 80% des élèves continuent leurs études après le collège, et le socle minimal doit en tenir compte.

On sait que les résistances et blocages sont nombreux. Dénoncer le corporatisme disciplinaire ne suffit pas. Les échanges entre disciplines permettent déjà d’en savoir plus sur ce que font les autres et établissent des ponts entre disciplines. Le but est qu’on parvienne à voir quelles compétences peuvent être travaillées par telle ou telle discipline. Il n’est pas sûr qu’argumenter,  ce soit la même chose en mathématiques et en français, et il faut se méfier du confusionnisme. Mais les découpages actuels sont contestables et doivent être relativisés. La formation initiale a un rôle à jouer pour permettre ces échanges.

Le groupe a abordé la question de l’évaluation. Notre système souffre d’une trop grande place accordée à celle-ci. Le temps de l’évaluation est souvent pris sur le temps d’apprentissage. Et l’évaluation formative est peu utilisée. De même l’évaluation diagnostique (entrée en sixième). Le groupe a réfléchi sur la place d’une évaluation terminale. A court terme, il faut se battre pour un brevet rénové qui prendrait en compte davantage les compétences (par exemple savoir faire un bref exposé oral à partir d’un dossier) et qui ne se réduirait pas à un examen.

Nous avons aussi évoqué les projets de nouvelle troisième. Derrière le vocable « une seule troisième pour tous », le jeu des options risque de faire que seuls les élèves en difficulté seront concernés par la « découverte des métiers ». Les risques de filiarisation sont grands. On est loin de l’idée de culture technique pour tous, la technique n’étant pas réduite à de la manipulation concrète.

Enfin, le thème de l’atelier ne peut être séparé des autres thèmes. Si on travaille davantage par compétences, si on cherche une acquisition en profondeur de connaissances, de nouvelles pratiques sont nécessaires (pédagogie du projet, pratiques coopératives où un savoir est vraiment acquis lorsqu’un élève est capable de le restituer aux autres, à leur en faire bénéficier, etc.)

Jean-Michel ZAKHARTCHOUK