Atelier 4
STATUT DU COLLÉGIEN,
STATUT DE L’EQUIPE ÉDUCATIVE
Animateur :Arnold BAC (Ligue de
l’enseignement)
L’ARGUMENT
«La question, aujourd’hui, est de moins en moins de mettre les
gens à la norme, de les éduquer, car alors on ne leur laisse le choix que de se
soumettre ou de se démettre, mais le problème est de savoir comment penser des
modes d’éducation comme des modes d’intervention politique qui construisent
l’espace socio-culturel permettant aux gens de construire, de parler et de dire
leur propre expérience. Les questions qui se posent très directement sont des
questions de reconnaissance et d’inscription de ce qui est vécu dans un espace
civil » (Didier
Lapeyronnie – séminaire du Comité national Éducation de la Ligue de
l’enseignement – 14 mars 1997).
C’est dans une telle perspective qu’il nous faut situer
l’action éducative au quotidien, telle que la dépeignent, par exemple, les
extraits de ce compte rendu, paru au bulletin officiel de l’Éducation
nationale, d’une université d’été organisée par le CRAP, en juillet 1995, sur
« la contribution de l’école à l’éducation à la citoyenneté, un problème
européen », qui peuvent contribuer à nous éclairer sur la problématique de
notre atelier : « (Les participants sont) tous impliqués à des degrés
divers, dans des projets d’éducation à la citoyenneté, qu’il s’agisse
d’élaborer le nouveau règlement intérieur de l’établissement, de créer des
lieux de parole… ou encore d’aménager la classe autour des élèves de façon à
favoriser les discussions et les débats. Tous s’interrogent sur le système de
notation (l’enseignant ne pouvant être à la fois juge et partie) et
d’orientation, sur les structures à mettre en place pour que les droits
civiques puissent être respectés au sein de l’école ou sur le rôle des
enseignants en matière de formation à l’autonomie, à la responsabilité et à la
citoyenneté. Tous finalement ont une problématique commune : comment
l’école peut-elle aider les jeunes à devenir des citoyens responsables ?…
Liés au concept de citoyenneté, ont été évoqués… la démocratie, la liberté, les
droits de l’homme ou encore la notion de société multiculturelle ou d’identité
collective… ».
Vaste champ, donc, où les préoccupations vont de
l’acquisition, par les jeunes, d’une capacité à communiquer, à négocier avec
les autres, pairs et adultes, comme forme civique de relation… jusqu’à la mise
en place de conseils d’élèves, de délégués, de foyers socio-éducatifs, de
radios et de journaux scolaires, comme outils éducatifs pour apprendre, en
particulier, à s’exprimer, à écouter les autres, à passer des compromis, à
contractualiser… aussi bien dans le domaine de l’élaboration et le respect des
règles fixant les droits et devoirs de tous que dans leur formalisation dans le
cadre du règlement de l’établissement ; ou encore dans le cadre de la
compréhension de la loi comme dans celle de l’exercice des droits du
citoyen ; ou dans l’acceptation du fait que les adultes, les éducateurs,
les hommes politiques ont une autre conception du temps que la sienne propre, en
tant qu’enfant, pré-adolescent ou adolescent.
Cependant, souvent, dans le second degré, l’institution
scolaire assigne ces pratiques à l’espace de la « vie scolaire », en
dehors de l’acte d’apprendre. Pourtant, ce lien, cette relation, doivent être explicitement
présents, afin de placer l’élève en position d’acteur, grâce à une cohérence
éducative vécue.
Arnold
BAC
Le collégien est d’abord une personne, ce
qui a pour conséquence qu’au collEge doit être promu le respect de TOUTE
personne, de son originalité, de sa culture, de son rytme personnel
(ICEM, BADIOU) Le respect de chacun et de chacune est la condition du
respect mutuel(Ainés ruraux)
L’élève EST acteur de son développement, de son émancipation,
(West Badiou Millot ICEM), de son orientation (West), de l’évaluation (auto-évaluation ) (cf Atelier 3), acteur de la
démarche pédagogique, intervenant social (Foucambert)
Présents :
Arnold Bac (Ligue de l’enseignement) - Catherine Chabrun
(ICEM) – Isabelle Michalkiewicz (CFDT) – P.Pitou (conseiller d’éducation) –
Michèle Proux (retraitée Education nationale, INRP) – Jean-Luc Roubier
(professeur au Lycée autogéré de Paris) – Yves Zarka (directeur IUFM d’Antony)
Animateur : Arnold Bac (Ligue de
l’enseignement)
Secrétaire : Michèle Proux
Synthèse : Catherine Chabrun
L’ensemble de l’atelier a porté sur la position du collégien
(droits, temps contraint, absence de lieu de vie) en transition entre un cadre
scolaire - le primaire - où l’objectif n’est pas uniquement l’acquisition des
savoirs mais également la construction de l’autonomie et un autre - le lycée-
tout entier tourné vers la préparation du baccalauréat.
Le collège est une
parenthèse entre l’autonomie du primaire et les droits de l’élève dont
jouissent les lycéens. Après des espoirs de liberté, l'enfant de 6ème
entre vite en désillusion, étant
continuellement surveillé et enfermé dans des espaces, des temps rigides et des
matières (lutte de territoires). Le regard que l’adulte lui porte le réduit à
un élève et l’ignore en tant que personne.
La 4ème est l’année de tous les dangers et celle de la 3ème
celle de la résignation « Je
m’en vais ». Pour certains jeunes, le collège, ce sont les pires années de
vie à cause des prédictions d’échec.
Aucun temps libre ne
leur est laissé (95% de temps contraints il faudrait au moins 40% de
négociable), aucun temps relationnel, il n’y a pas de lieu de vie où s’exprimer
et échanger. La vie scolaire n’entre pas au sein de la classe. Le temps libre
est remis en cause à une période où le jeune a besoin de faire l’expérience de
l’autonomie, qui ne peut se faire si, dans l'établissement, l’autonomie de
l'enseignant est impossible :
programmes, instructions officielles ...inspections, carrières, hiérarchisation
des postes.
Au conseil de
classe, tout marche à sens unique, tout est verrouillé. Il y a violation des
droits des délégués avec le consensus des adultes.
De vrais moments de parole en amont pourraient éviter des
situations de crise dans les classes. Au lieu des simulacres de conseil de
classe, des pratiques de participation et de gestion offriraient des espaces de
contre-pouvoir, de contre-propositions et
redonneraient à la
parole tout son poids, ce qui permettraient aux enseignants de ne pas entrer
dans la boucle infernale de comportements provocateurs/punitions et exclusions.
Au collège il n’y a ni sursis, ni présomption d’innocence, ni
médiation !. Privilégier la sanction à la punition, c’est permettre
au jeune de ne pas s'exclure, car il y a prise en compte de son erreur et
possibilité de la réparer.
Au lycée autogéré,
il n’y a pas de conseils de classe mais les élèves ont demandé la création
d’une « commission justice ».
Les commissions de vie lycéenne censées être paritaires, ne
fonctionnent pas réellement parce que l’administration considère que le rôle
consultatif leur enlève du pouvoir. Mais l’institution commence à envisager
d’autres structures : groupes de paroles (type groupe Balint), médiation
(pas de décision mais conseil), améliorer la communication dans les
établissements.
L’autorité et le
pouvoir sont souvent confondus par les enseignants : un pouvoir trop
excessif, avec le refus d'en laisser et de le partager. C’est un effet pervers
de l’évaluation : les professeurs sont tout puissants car il n’y a pas
d’évaluation externe, sauf au bac.
Comment faire autorité ? C’est une demande des jeunes
professeurs qui ne savent pas transmettre, malgré l’amour qu’ils ont pour leur
discipline. On ne doit pas ignorer le mal être de nombreux jeunes enseignants
avec l’agressivité de plus en plus violente des élèves entre eux. Pourtant si
le pouvoir augmente l’autorité baisse ...
La RATP donne aux
chauffeurs de bus une formation pour gérer les situations et exprimer ce qu’ils
ont ressenti. On ne le fait pas pour les jeunes enseignants, il n’y a pas de
formation sur le statut de professeur et le statut d’élève !
C'est toujours le
souhait des enseignants qui est privilégié (emploi du temps, horaires...). On
passe du compromis à la compromission. Tout ce qui est donné aux collégiens est
vécu par les professeurs comme une perte. Il y a un mauvais équilibrage
pouvoir/autorité.
Le pouvoir est donné par l’évaluation, au conseil de classe on
évalue les professeurs et les élèves, il faudrait mettre l’Education nationale
dans le droit commun. Le collège pourrait devenir un vrai milieu de droit (sans
surestimer ce qu’il peut apporter), avec des individus citoyens du lieu. Mais
ce sera difficile d’ aboutir à cet état de droit.
Il y a des
professeurs violents qui confondent autorité et pouvoir.
La violence verbale des adultes, très peu reconnue
d'ailleurs par ceux qui la pratiquent avec l'incohérence des comportements et
la notation (comment être juge et partie ?) alimentent le sentiment
d'injustice qui précède le plus souvent le comportement incivil ou violent
et dévalorise l'image de soi.
Suite à l’exemple d'un collège intégré dans les
bâtiments d'un lycée où les élèves du collège se retrouvaient avec les mêmes
fonctionnements que ceux du lycée, en étant beaucoup moins sous les regards des
adultes (sans problème accru d'indiscipline et plutôt moins), le groupe s'est
questionné. La proximité du lycée avec cette présence
multi-âge ne permettrait-elle pas aux jeunes de se projeter, de se
construire des comportements plus responsables, n'étant pas toujours sous
surveillance ?
Le collège doit
casser le «groupe classe» classique pour faire exister un groupe
classe référent qui éclaterait en groupes de besoins, en groupes
satellites et en groupes d'intérêt avec une dimension multi-âge.
Si les cours
magistraux ne sont pas à proscrire, ils
devraient par contre donner lieu à la participation des élèves tant avant que
pendant et après.
Arnold BAC